Le blocage des prix: Une solution artificielle dans la lutte contre la vie chère

Le blocage des prix: Une solution artificielle dans la lutte contre la vie chère

Aujourd’hui les prix à la consommation flambent partout. Le monde entier était entré dans un cycle de reprise suite à deux années de perturbations du au COVID-19. Cette reprise était déjà caractérisée par une inflation. Est venue se superposer la guerre d’Ukraine, qui a d’abord fait grimper les prix du pétrole et du gaz dans un premier temps, puis de toutes les matières premières, ce qui a déclenché les prix à la hausse dans tous les pays. Ce n’est pas temps qu’il y ait un déficit de l’offre, mais les intervenants anticipent des pénuries. On se dit qu’il y aura un moment où toutes ces marchandises seront indisponibles du fait du contexte de crise, il est donc préférable d’en acheter autant que possible. Et ce sont ces anticipations, ces craintes sur le futur qui font grimper les prix des matières premières sur les marchés mondiaux.

Conséquence, des prix à la consommation qui flambent sur tous les continents. C’est un processus naturel que les politiques, y compris en Côte d’ivoire, ne devraient pas chercher à contrecarrer par des moyens artificiels. Les autorités ivoiriennes ont récemment décrété le blocage d’un certain nombre de produits de grande consommation, dont le poisson thon, qui entre dans la composition du fameux « garba », un repas très prisé en Côte d’Ivoire. Bien sûr, elles ont le souci de protéger le pouvoir d’achat des populations. Mais est-ce forcément la bonne méthode ?

Aujourd’hui le thon se fait rare. Les thoniers, ces navires qui pêchent le thon en haute mer, refusent de vendre leur cargaison au port d’Abidjan à cause du prix (800 francs le kilogramme de thon), décrété par le gouvernement. Dans le contexte mondial de hausse généralisée des coûts, ce prix est jugé pénalisant par ces navires, qui préfèrent désormais écouler leurs produits dans les ports de Dakar, Lomé, Accra et autres. Les intervenants de la filière thon au port de pêche d’Abidjan, ont récemment lancé un cri de cœur à l’Etat. Cette filière est menacée de disparition si la situation reste telle. Nos autorités ont ainsi ajouté une crise à une crise. En voulant rendre le thon abordable, ils l’ont fait disparaître, menaçant du coup les emplois dans le secteur. Il en sera de même pour toutes les filières dans lesquelles elles vont « décréter » des prix.

Dans le domaine du transport public urbain, les tickets d’autobus sont bloqués à 200 francs depuis plus de vingt années. Mais on constate aujourd’hui que la Sotra met en exploitation davantage de lignes express (500 francs ) que de lignes ordinaires. C’est une manière de contourner ce blocage des prix. Mais peut-on vraiment en vouloir à l’entreprise ? Confrontée à des coûts d’exploitation en hausse ( salaires, pièces détachées, taxes, sous-traitance etc…….), face à des subventions de l’Etat qui  » n’arrivent jamais « , selon les dires de tous les directeurs généraux qui se sont succédés à la tête de cette entreprise publique, la sotra concentre désormais ses efforts sur les lignes express, plus lucratives.

Au niveau du pain, dont le prix est bloqué depuis des décennies, nous assistons au même phénomène de « contournement » du blocage. Aujourd’hui toutes les boulangeries en plus des pains de 150 Franc, proposent des pains de 100 franc, 200 franc, 300 franc et 500 franc. Ces pains sont produits en plus grand nombre que la baguette de 150 francs. Le blocage des prix soit est contourné, soit engendre des pénuries ( conséquence d’une vente sous le manteau).

Quant aux prix subventionnés, ils posent aussi un problème. Le jour où les subventions sont levées, il faut s’attendre à des émeutes, comme ce fut le cas de l’électricité en 2016. Donc autant que possible, les autorités doivent laisser jouer les forces du marché en s’abstenant d’intervenir dans le processus de formation naturel des prix. L’Etat a les moyens de jouer sur les prix des produits en intervenant sur les taxes qui les frappent. L’Etat peut aussi intervenir sur ce qu’on appelle les  » faux frais « , les pourboires qui sont perçus par ses agents tout au long du circuit de commercialisation des produits. Ces pourboires sont répercutés sur les prix à la consommation. Pourtant l’Etat refuse de renoncer à ses recettes, mais exigent des « sacrifices » aux opérateurs privés.

Enfin, l’Etat exige désormais une autorisation préalable pour l’exportation de produits vivriers, dans le but de favoriser le marché local. La démarche est contestable, il faut laisser les opérateurs vendre leurs produits là où ils sont mieux rémunérés. Encore une fois la solution est artificielle, les gens trouveront toujours le moyen de contourner ces dispositions pour faire sortir leurs produits. Si aujourd’hui la Côte d’ivoire et le Ghana harmonisent leur prix du cacao, c’est simplement qu’on s’est rendu compte, que quelque soit les dispositions prises, les produits sont acheminés vers le marché où ils sont le mieux rémunéré.

Douglas Mountain

oceanpremier4@gmail.com

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