Plaidoyer pour le développement de nos régions (4-11)

J’ai lu récemment (8 Avril) comme tout le monde sur les réseaux sociaux et dans les journaux traditionnels que le ministre Alain Donwahi “souhaite l’installation des infrastructures routières, hydrauliques et électriques dans sa région de la Nawa”. Sacré M. le ministre Donwahi, il a trouvé la parade. Mais laissez moi lui dire qu’il formule une demande qu’il ne devrait pas faire. Ce qu’il a fait montre bien ce que j’ai toujours dénoncé à savoir que notre système politique et administratif est très centralisé et cela nuit au développement du pays. M. Donwahi n’est pas seulement ministre de Ouattara, il est également député et surtout président du conseil régional équivalent de gouverneur dans d’autres pays.

Si notre système était un peu décentralisé, voici ce qui se serait passé. M. Achi Patrick Premier Ministre serait venu à la limite pour s’enquérir de l’état d’avancement des projets d’investissements dans la Nawa. Donwahi ne devrait pas plaider et quémander les financements de ses projets de développement auprès du président de la République mais devrait plutôt montrer l’effectivité des réalisations suite au financements reçus de l’Etat de Côte d’Ivoire. D’ailleurs M. Achi, en bon politicien, lui a dit poliment qu’il transmettra ses doléances au chef. Il était en fait venu pour l’inauguration d’un hôpital et non pas pour collecter des demandes de financements de projets de développement. Mais dans notre système fortement centralisé, les doléances sont formulées et adressées ainsi au chef, tout doit partir du président de la république et tout doit revenir à lui.

Voilà où il y a problème dans cette façon de concevoir les politiques de développement. Pour qu’on t’écoute pour le développement de ta région, il va falloir que tu aies des entrées à la présidence, pas même la primature mais la présidence. C’est là que tout se passe. Il faut connaître quelqu’un que le chef écoute et qui accepte de lui poser ton problème. Tant que vous n’avez pas quelqu’un qui peut défendre votre dossier, votre région souffrira longtemps surtout quand vous avez dans votre région quelqu’un qui est opposé au régime au pouvoir, vous prendrez davantage votre mal en patience pour toujours.

Je n’accuse pas Ouattara, non pas du tout. Après Ouattara, le prochain président fera pareil et ainsi de suite. C’est comme ça que le système qu’il a trouvé sur place fonctionne. D’Houphouët à Ouattara en passant par Bédié, Guéi, et Gbagbo, notre système politique et administratif a de tout temps fonctionné ainsi. Donc je ne m’en prends pas aux présidents car ce sont des hommes qui passent mais le système et le pays demeurent. C’est le système qu’il faut améliorer, évaluer de temps en temps pour voir quelles retouches on peut y apporter, quelles modifications on peut y ajouter. C’est un devoir républicain qui incombe à tous les citoyens du pays, pas seulement les gouvernants mais aussi les opposants, la société civile dans son ensemble.
Ayons le courage d’accorder plus d’autonomie aux régions. La répartition du budget des régions doit être définie selon des critères acceptés de tous. Par exemple la superficie de la région, sa démographie y compris son flux migratoire, ses productions économiques, etc. L’assemblée nationale vote les budgets et les répartit au prorata de l’importance de la région. Chaque région est appelée à soumettre ses projets de développements chiffrés au préalable. Les fonds sont affectés aux régions et le gouvernement central met en place un comité de suivi et de contrôle et d’évaluation. C’est ce comité qui rend compte au gouvernement.

Dans le système fortement centralisé comme le nôtre, voici le genre de phrases que nos présidents de la république aiment entendre en Afrique: “Réceptif à ce cri du cœur des populations de la région de la Nawa formulée par le président du Conseil régional, le Chef du gouvernement a promis de remonter ces doléances au Président de la République, Alassane Ouattara.” Moi je suis contre cette façon de procéder parce qu’elle engendre tout ce que nous dénonçons comme par exemple la corruption, le favoritisme, le culte de la personnalité, et le manque de démocratie. Si personne ne peut plaider pour votre région auprès du chef, vous n’aurez rien. Kandia Camara et Cissé Bacongo l’avaient d’ailleurs dit ouvertement lors des dernières élections à Abobo et à Koumassi. Voici exactement ce que ces deux ministres disaient : “Si vous ne votez pas les candidats du RDR, vos projets ne seront pas financés, alors il faut savoir voter”.

En principe celui qui est voté est élu pour servir tout le monde. Il n’appartient plus au parti mais à toute la région ou à toute la commune alors on ne devrait pas tenir ce genre de propos. Les actions de développement de l’élu doivent être perçues par tout le monde, pas seulement ses camarades de parti politique. Mais ces deux ministres ont dit haut ce qui ce dit tout bas dans les salons dans notre système politique et administratif fortement centralisé. Dans un tel système, si tu ne connais personne, tu es obligé de passer par la voie de corruption. Le chef qui a le dernier mot aussi regarde et s’interroge sur ses propres intérêts avant d’accepter de financer le projet de développement d’une région donnée. On me dira que j’exagère mais non c’est malheureusement nos réalités en Afrique et en Côte d’Ivoire.

On crée des conseils régionaux sans feuille de route claire ni budget adéquat. On nomme des ministres gouverneurs de districts qu’on investit à coups de millions tout en sachant bien qu’ils ne feront rien de concret pour le développement des régions. On a expérimenté cette méthode sous Houphouët puis sous Bédié, Guéi, Gbagbo, et maintenant sous Ouattara. Le pays ne s’en sort toujours pas bien. Le pays est toujours mal classé lorsqu’on regarde l’indice de développement des pays du monde malgré ses nombreuses richesses. Les populations vivent dans la misère totale.

En effet, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a présenté en 2020 les Indices de Développement Humain (IDH) de 1990 à 2019 recalculés à partir de séries de données cohérentes. La valeur de l’IDH de la Côte d’Ivoire pour 2019 s’établit à 0.538, ce qui place le pays dans la catégorie « développement humain très faible » et au 162e rang parmi 189 pays et territoires. Parcourez toute la Côte d’Ivoire et vous verrez le désenclavement, le niveau de pauvreté, comment nos régions souffrent d’un minimum en matière de développement.

Par contre dans le système décentralisé comme aux USA, Canada, et tout près de nous au Nigeria que j’admire d’ailleurs, tous les projets de développement sont planifiés, décidés au parlement pour les attribuer aux régions ou “states”. Chaque région a ainsi au préalable son budget approuvé par le fédéral. Point besoin de connaître quelqu’un auprès du président de la république. Point besoin d’implorer l’humeur du président de la république. Maintenant, en plus du budget octroyé par le central appelé aussi gouvernement fédéral, chaque région collecte ses propres taxes dans sa région, fait appel à des investisseurs pour l’accompagner dans ses projets de développements. Le gouvernement central/fédéral contrôle et supervise tout l’ensemble.

Ce système a l’avantage d’être moins corruptible parce qu’on a pas besoin de connaître forcément quelqu’un. Tout est décidé au parlement au préalable. C’est un système qui est plus démocratique que le système centralisé que nous avons actuellement. Notre système ne fait pas confiance à la décentralisation des pouvoirs. La dernière fois, j’ai parlé de Yamoussoukro, notre capitale qui demeure capitale sur papier jusqu’à ce jour. Tout se passe à Abidjan, tout tourne autour d’Abidjan. Tout est concentré dans les départements ministériels ou dans les bureaux de leur chef à Abidjan. Je plaide qu’on améliore notre système politique et administratif pour le rendre plus ouvert et plus démocratique pour le bonheur de tous.

En conclusion, accordons davantage de compétences aux régions notamment dans le domaine économique. Que les régions votent elles-mêmes leurs leaders. Qu’on ne leur impose pas des ministres gouverneurs. Les régions ont besoin de moyens financiers pour se développer pas de ministres gouverneurs car elles ont déjà des présidents des conseils régionaux qui sont eux élus. Que les régions n’attendent plus la bonne humeur de l’exécutif pour recevoir la pose de première pierre de château d’eau, par-ci, de maternité, ou encore d’école primaire par-là. Notre administration est trop lourde et c’est un frein au développement parce qu’influencée par le culte de la personnalité et donc corrompue. Je ne prône pas forcément un système fédéral en Côte d’Ivoire. Notre système actuel centralisé peut toujours l’être mais il faut absolument l’améliorer en octroyant plus d’autonomie aux régions pour leur développement.

Merci.

Dr. Charles Koudou, Administrateur en Santé
Consultant Indépendant en Santé et Développement, USA, Fondateur de la Société Civile Conscience Nationale pour le Développement (CND) www.cnd1.org koudoucharles@gmail.com charleskoudou@facebook.com

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