Drogba « trop froid, hautain…les clubs ne le soutiennent pas, des apparences trompeuses » (Eurosport)

Élection à la présidence de la Fédération ivoirienne de football: Didier Drogba, ce n’est pas gagné

Didier Drogba, l’ancien capitaine des Eléphants, est l’un des six candidats à la présidence de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF), dont l’élection est prévue le 23 avril prochain. Mais malgré son immense aura, l’ex-buteur de Marseille et de Chelsea n’est pourtant pas considéré comme le favori.

Alexis Billebault/Eurosport.fr

Cela fait près de deux ans que le football ivoirien attend ce moment. Plusieurs fois reportée, notamment à cause d’un imbroglio sur le système de parrainage pour les candidats, l’élection du président de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF) aura lieu le 23 avril. Depuis le mois de décembre 2020, quelques semaines après le décès d’Augustin Sidy Diallo, le dernier à avoir occupé ce poste, l’instance est dirigée par un Comité de Normalisation imposé par la FIFA. Sa présidente, la sénatrice Mariam Dao Gabala, quittera ses fonctions à l’instant même où le nom du vainqueur sera connu.

Les dossiers des six prétendants, déposés entre les 7 et 9 avril derniers, ont été examinés le 16 avril par le comité d’organisation de l’élection. Trois hommes peu connus du grand public – Arnaud Aka, Laurent Kouakou et Yatte Ellele Jean-Baptiste – ont fait irruption dans la dernière ligne droite, mais leurs candidatures ont été finalement invalidées. Depuis plus de deux ans, Didier Drogba, mais également Sory Diabaté, vice-président de l’instance lors du règne d’Augustin Diallo, et l’homme d’affaires Idriss Diallo, lui aussi ancien membre de la FIF, affichent leur ambition d’occuper le fauteuil présidentiel pour les quatre prochaines années. Lorsqu’il est venu déposer officiellement sa candidature, début avril, Drogba (44 ans) était escorté d’une foule de soutiens et d’admirateurs, laissant supposer que l’ex-capitaine des Eléphants est l’indiscutable favori de cette élection.

LES CLUBS NE LE SOUTIENNENT PAS

Mais les apparences sont trompeuses. Si la candidature de DD a effectivement reçu un écho très favorable auprès des supporters et d’une partie de la presse, cela est moins visible chez une partie du corps électoral. Les clubs, d’après les dernières tendances, pencheraient davantage pour Diabaté et Diallo. Ces derniers jours, il s’est pourtant montré très confiant, assurant même être « certain de gagner. »

Le programme de Drogba, sobrement baptisé « Renaissance » repose sur quatre axes majeurs : le développement des infrastructures, la mise en place d’une économie de l’industrie du football, le développement d’une coopération régionale et internationale et une plus grande attention portée aux acteurs du football local, n’a pas convaincu les dirigeants de clubs, comme l’a rappelé récemment Jacques Anouma, l’ancien patron du football ivoirien. « J’ai dit à Drogba que son programme ne suffisait pas pour être élu. Moi, j’avais été élu par rapport à mon vécu. » Des déclarations mal vécues par le camp de l’ancien attaquant, mais qui reflètent les réticences qu’il peut inspirer parmi certains électeurs.

TROP FROID, HAUTAIN

Drogba avait annoncé sa candidature à la fin de l’année 2019, alors que l’élection était prévue au mois de mai suivant. Le président du Séwé Sport de San Pedro (Ligue 1) Eugène Diomandé, l’un de ses premiers soutiens – il était son directeur de campagne -, a finalement décidé de rejoindre l’écurie de Sory Diabaté. « Ce que pas mal de dirigeants de clubs reprochent à Drogba, c’est de ne jamais avoir pris le temps de s’intéresser au football local quand il était joueur, comme le faisait Samuel Eto’o » (aujourd’hui président de la fédération camerounaise, ndlr), résume un président de club sous couvert d’anonymat.

« De plus, il est jugé trop froid, trop distant, parfois même hautain. Drogba a fait une immense carrière, c’est un homme intelligent, il a du charisme, son programme présente un certain intérêt sur plusieurs points, mais sa façon de communiquer manque de proximité. Il n’est plus un footballeur adulé et difficilement atteignable, mais un ex-footballeur qui veut devenir président de la fédération. Il aurait dû combler son manque d’expérience de dirigeant en se montrant plus accessible et ouvert. Or, il ne l’a pas fait, ou en tout cas pas assez ».

Il n’a pas non plus pu obtenir le soutien de l’Association des Footballeurs Ivoiriens (AFI), dont il fût pourtant un des membres fondateurs, avec Kolo Touré et Aruna Dindane.

UN PROGRAMME INTÉRESSANT

Présenté avec une pointe d’ironie comme le « candidat du peuple, lequel, hélas pour lui, ne vote pas », par l’un des soutiens d’Idriss Diallo, Drogba aurait également été celui de la Confédération Africaine de Football (CAF) et de la FIFA. Le 4 avril dernier, Patrice Motsepe, le président de la CAF, a rencontré Alassane Ouattara à Abidjan lors d’une visite officielle, dans le cadre de l’organisation de la CAN 2023 confiée à la Côte d’Ivoire. Le dirigeant sud-africain a tenté, en vain, de convaincre de chef de l’Etat que Drogba serait le président idéal pour la FIF. Ouattara lui a réaffirmé son intention de ne pas se mêler de l’élection, qu’il souhaite se voir dérouler dans la sérénité et la transparence.

« Seule une intervention du pouvoir politique aurait pu éventuellement aboutir à ce type de consensus », confirme Diomandé.

Les derniers sondages ne sont guère favorables à Drogba, puisque Sory Diabaté et Idriss Diallo le devancent assez nettement. « Il y a peu de chances que la tendance s’inverse dans les derniers jours de la campagne. Le football ivoirien va probablement choisir Diabaté, même si Diallo n’est pas hors-course. Diabaté faisait pourtant partie de l’ancienne fédération, à qui on a reproché une gestion financière discutable et un manque d’engagement pour le football ivoirien, notamment pour les compétitions de jeunes, le foot féminin et les championnats professionnels, boudés par le public. Drogba aurait pu, avec son carnet d’adresses, attirer des investisseurs nationaux et étrangers avec son projet pour dynamiser notre football. S’il n’est pas élu, il aura quatre ans pour préparer une nouvelle candidature », explique l’un de ses soutiens. A condition qu’il le souhaite…

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