La travailleuse et le travailleur en Côte-d’Ivoire méritent-ils de célébrer la fête du travail ?

La Côte d’Ivoire, à l’instar des autres pays du monde entier vient de célébrer la fête du travail du 1er Mai. Par le passé, nous avions eu a assisté aux défilés des travailleurs, d’échanges de discours avec les autorités notamment sur les doléances relatives à l’amélioration de leurs conditions de travail, l’augmentation des salaires, etc. Aujourd’hui, les défilés ont été supprimés à Abidjan, soit. Mais dans l’ensemble, c’est beau tout cela.

Cependant, avant d’y arriver, j’ai une autre préoccupation beaucoup plus profonde. Cette préoccupation concerne la relation entre le concept de travail et l’ivoirien ou encore l’attitude de l’ivoirien face au travail que je voudrais partager avec vous aujourd’hui.

L’ivoirien mérite-il de célébrer la fête du travail? Ma réponse est non catégorique et je vais m’expliquer.

En effet, depuis la création de ce monde, le travail a de tout le temps été un compagnon indissociable de l’homme. Sans travail il n’y a pas de vie et l’homme vit des fruits du travail. Mais c’est quoi le travail et comment le travail est pratiqué en Côte d’Ivoire? Pour tenter d’y apporter des éléments de réponse, je vais définir ce qu’est le travail. Dans un second temps, je vais exposer comment les ivoiriens se comportent vis-à- vis du travail, comment l’ivoirien perçoit le travail avant de conclure. Je ne ferai pas l’inventaire de la pléiade de définitions liée à la notion de travail. Je me contenterai d’en rapporter l’essentiel dans le cadre de cet article.

A- Définition du Travail

J’ai pris trois références pour définir le travail: le dictionnaire Larousse, le Bureau International du Travail, et la Bible.

1- Le Travail selon Larousse:

D’après le dictionnaire Larousse, le travail c’est l’activité de l’homme appliquée à la production, à la création… C’est un ensemble d’opérations propres à un domaine particulier d’activités. En d’autres termes c’est l’ensemble des activités humaines organisées et coordonnées en vue de produire ce qui est utile; activité productive d’une personne.

2-Le travail selon le BIT

Pour le Bureau International du Travail (BIT), la notion de travail est intrinsèquement liée à l’idée de production et de rémunération. Le travail, c’est produire un effort et percevoir une rémunération en échange. Mais le travail peut aussi être synonyme de santé parce qu’il nous éloigne de l’ennui, le vice, et le besoin. Il humanise par le lien social qu’il crée et maintient nos capacités intellectuelles en éveil. Il redresse le perverti, moralise le dévoyé, rend l’homme vertueux. Le travail peut être manuel, intellectuel ou une activité professionnelle régulière et rémunérée: c’est pourquoi on dit que l’homme vit de son travail.

Sur le plan économique, le travail c’est l’activité rémunérée qui permet la production de biens et services. Avec le capital, c’est un facteur de production de l’économie. Il est essentiellement fourni par des employés en échange d’un salaire et contribue à l’activité économique. Enfin, le travail est un moyen de satisfaire et de subvenir à nos besoins: de pouvoir se loger, se nourrir, se soigner et de se faire plaisir de temps à autre.

3-Le travail selon la Bible

Au plan spirituel, Le livre de la Genèse dépeint les origines du travail. Au premier chapitre, on voit d’abord Dieu à l’œuvre pour créer la terre (Genèse 1.1-15). La Bible dit que Dieu a travaillé six jours, puis s’est reposé le septième jour. Il était le premier à travailler sur terre et tout travail légitime reflète donc son activité. Dieu est bon et le travail l’est donc également (Psaume 25.8, Éphésiens 4.28). Genèse 1.31 ajoute que, quand Dieu a vu le fruit de son labeur, il a constaté que c’était « très bon ». Il a examiné et évalué la qualité de son travail et s’est réjoui du résultat. Cet exemple montre clairement que notre travail doit être productif. Nous devons travailler de manière à obtenir un résultat de la meilleure qualité possible. Notre récompense est l’honneur et la satisfaction d’un travail bien fait.

En résumé, le travail est une tâche qu’on accomplit pour en tirer un profit rémunérateur. Il y a donc au bout du travail la satisfaction, la production, la rémunération. De toutes ces nobles définitions de la notion de travail, comment situer les ivoiriennes et les ivoiriens?

J’estime que nous ivoiriens et ivoiriennes n’avons rien compris de ces définitions du travail, je m’explique dans les lignes qui suivent. D’abord je dois préciser qu’il y a tout de même un pourcentage non négligeable d’ivoiriens intègres, incorruptibles, dévoués au travail, et très responsables. Mais, ici je m’en prends à tous ceux qui se retrouveront dans cet article et que j’invite à une reconversion des mentalités.

B- L’ivoirien et le travail

En règle générale, l’ivoirien perçoit le travail comme tout le monde certes. Mais alors comment se comporte-t-il face au travail? L’ivoirien en général voit la rémunération avant le travail. L’ivoirien contourne le travail et veut l’argent du travail. Il sait pertinemment qu’il faut travailler avant d’être payé.

Cependant, il choisit volontiers l’inverse peut-être de manière inconsciente. Il veut la paye sans avoir à travailler. S’il travaille, il le fait en ayant à l’esprit d’escroquer, de voler l’employeur, de contourner la réglementation.

L’ivoirien veut l’argent, rien que l’argent et vite et il s’en fiche de la manière. Confiez votre travail à un ivoirien vous êtes sûr que non seulement le travail sera bâclé, mais il surfacturera les travaux à entreprendre. Il s’entendra avec les fournisseurs pour passer derrière vous et sous-traiter en votre absence. Il demandera une avance avant d’entreprendre le travail. Des fois votre travail est loin de se terminer et il aura déjà empoché son argent. Ce comportement se vit à tous les niveaux de la société ivoirienne, du ministre au PDG, chef de service, simple fonctionnaire, gendarme, policier, la caissière, la secrétaire, bailleur, etc, etc, etc.

Le mal est très profond et on vit avec. On vit également ce phénomène dans tous les domaines de la société ivoirienne, les chantiers de constructions, les écoles, les concours administratifs, les banques, et administrations, au port, à la douane, dans les ministères, à l’aéroport, même le gouvernement, etc, etc. Ici il est lié à la corruption. En plus de vous gruger sur vos chantiers vous vous exposez à une autre forme d’escroquerie.

Les immeubles qui s’écroulent par ci par là n’est pas un fait du hasard, c’est bien le fruit du travail mal fait, bâclé, non inspecté par des gens qualifiés et compétents. Les permis de construction et les certificats d’inspection sont délivrés avec complaisance.

Vos travailleurs, vous êtes présent, ils vous volent. Vous êtes loin du pays, c’est pire. On vous envoie de fausses photos, de faux reçus, de fausses factures, de faux témoignages et vidéos alors que ces photos et témoignages ne concernent pas votre chantier, votre travail.

Non, je n’ai pas besoin d’étaler des preuves en citant des noms ici. J’ai une cinquantaine de personnes qui se sont fait gruger en Côte d’Ivoire. Moi même en tant que citoyen, j’en ai fait les frais également. Quel que soit le profil de la personne à qui on a à faire, y compris les parents, les amis, neveux, nièces, cousins, enfants et quel que soit l’âge, la confiance a foutu le camp. Personne n’est digne de confiance en Côte d’Ivoire. Je mets quiconque au défi de me prouver le contraire. En Côte d’Ivoire vous pouvez faire ce que vous voulez faire pourvu de sortir de l’argent par ci, par là, les règlements et lois, on s’en moque. C’est un désordre.

Ce sont les libanais qui ont compris comment travailler avec les ivoiriens. Les libanais les font souffrir, les font travailler à crédit, sans augmentation, sans déclaration à la CNPS, sans les payer correctement.

Avec les libanais, ils sont polis, correctes, dociles, et ils ne se comportent pas comme quand ils travaillent pour leurs frères ivoiriens. C’est méchant et je dois le dénoncer.

La société ivoirienne est corrompue, personne ne travaille correctement en Côte d’Ivoire à quelques exceptions près bien sûr. L’honnêteté est un délit de nos jours dans notre société. La paresse, le vol, le favoritisme, la corruption, le népotisme caractérisent la société ivoirienne.


Alors je ne sais pas pourquoi les ivoiriens célèbrent aussi la fête du travail, peut être juste parce que les autres pays la fêtent alors par mimétisme ou se faire bonne conscience, on fête aussi le travail en Côte d’ivoire. Quand j’en parle, des amis africains notamment, Nigérians, Libériens, Congolais, Kenyans, Burundais, Ghanéens, Malawites, Sud-Africains me disent la même chose.

C’est donc un phénomène largement répandu en Afrique surtout en Afrique francophone. Certains de ces amis africains disent même que c’est de la présidence de la république que tout part chez eux. Ils disent que si la tête elle -même est corrompue, qui peut ne pas l’être? Le mal est si profond.

Pourquoi nos présidents s’octroient-ils de grands budgets de souveraineté en plus des pouvoirs extraordinaires qu’ils ont et d’autres avantages financiers, s’interrogent mes amis africains? Nos systèmes présidentiels sont très corrompus et favorisent la corruption et ces systèmes sont à la base de tous nos maux de sociétés que j’énumère ici.

Nos leaders politiques et administratifs et même religieux ne donnent pas le bon exemple. Un pasteur ghanéen disait un jour dans l’église ici aux USA que lui c’est l’argent qui le motive. “Only money can move me” disait-il. Tu as de l’argent, il peut prier pour toi. Tu n’as pas l’argent, repasse un autre jour avec de l’argent. La morale et l’éthique au travail n’existent pas en Afrique. Cela n’encourage pas les investisseurs étrangers.

Vous avez un dossier, un contrat dans un ministère, vous devez passer voir le ministre ou son directeur de cabinet en personne. Si ceux-ci ne voient pas leurs intérêts personnels, votre dossier n’aboutira pas. Dans les bureaux, on vous demandera Mr. “vous êtes venu comment?” Entendez par là l’argent qui va aller dans leur poche personnelle.

A chaque niveau hiérarchique de notre société, vous devez mettre la main à la poche. C’est comme ça, il n’y a rien à faire. Le citoyen moyen qui voit et qui entend tout cela fera la même chose à son tour. Il empoche votre argent et ne fait pas bien votre travail. Vous appelez la police ou la gendarmerie, elle vous répondra qu’elle n’a pas de carburant et qu’il faut d’ailleurs motiver les policiers ou les gendarmes. Cela veut dire qu’il faut leur donner de l’argent avant qu’ils ne vous viennent en aide.

En Côte d’Ivoire et en Afrique en général, la morale et l’éthique ont foutu le camp. Les ministres, les DG ont des salaires mais veulent toujours des pourboires. Le petit citoyen ordinaire lui empoche ton argent et ne fait pas ton travail ou il te surfacture pour avoir plus d’argent que vous avez conclu en plus de sa paie qu’il perçoit régulièrement. Chacun se débrouille comme il peut.

A la justice qui est censée sécuriser tous les citoyens, c’est le pire, la corruption y a atteint son paroxysme. C’est en Côte d’Ivoire qu’on peut voir le plus de détournements de milliards par ci par là sans mettre les auteurs aux arrêts. Nous y sommes habitués depuis 1960. Les compétences de la justice ivoirienne seraient-elles limitées uniquement aux infractions mineures? Qu’en est-il des détourneurs de millions et des voleurs de milliards? Même parmi les infractions mineures, la justice sélectionne selon ses propres critères, sacrée justice ivoirienne.

Dans les concours administratifs on ne travaille pas, on se contente de faire la liste des admis selon l’argent collecté. La société ivoirienne et africaine est malade et personne ne cherche à la guérir. Elle restera malade pour longtemps parce que personne n’est dérangée par ce que je dénonce en ce moment.

Toutes les définitions du travail ne regardent pas les Africains, ils ne se sentent pas concernés. C’est l’argent, rien que l’argent qui les intéressent, peu importe la manière.

Ce fainéantisme, cette paresse, ce manque de conscience, cette irresponsabilité des ivoiriens dans le travail ne se limite pas seulement qu’en ville. Nos frères et sœurs, nos parents restés dans les villages ont vendu les terrains aux gens venus d’ailleurs. Pourquoi, parce qu’eux mêmes ne peuvent pas travailler, ils préfèrent vendre les terres et jouer aux cartes, billes, et ludo dans les villages pendant que ceux qui sont venus d’ailleurs travaillent et commercialisent le fruit de leur labeur.

On s’étonne que la vie est chère dans le pays. Mais on n’oublie que nous importons les légumes, les boeufs, les œufs, les poulets, les pintades, et autres à partir des pays limitrophes et même d’ Europe. Et pourtant nous avons la forêt, une terre fertile, l’eau, le soleil. Tout ce qui est importé coûte cher à cause des frais des douaniers corrompus et voleurs mais aussi à cause des taxes multiformes imposées par l’Etat.

Si, nous ivoiriens on travaillait sérieusement notre terre, on se serait suffi en alimentation au moins. Ici aussi le gouvernement a sa part de responsabilité parce qu’il encourage trop l’importation au détriment des producteurs locaux ou nationaux. Ce sont pour les mêmes raisons de racketter les importateurs qui à leur tour sont obligés de vendre cher sur les marchés. En un mot, on n’en finira pas d’écrire des thèses ou des livres tellement le sujet est vaste et concerne tous les segments de la société ivoirienne.

Bref pour en venir au comportements des ivoiriens face au travail, j’ai fait l’amère constat qu’il est préférable de confier son chantier dans les constructions, dans les fermes, les transports, partout à des non ivoiriens vivant dans le pays plutôt qu’aux ivoiriens. Avec ces derniers vous êtes certains que vous aurez de fréquents maux de tête et des ennuis financiers tant ils vous montreront des bois verts. Les ivoiriens sont allergiques aux enquêtes de moralité et de criminalité. Le Président Houphouët avait mille fois raisons de s’appuyer sur des étrangers pour ses programmes de gouvernement. Oui Houphouët avait mille fois raisons.

Cependant, faut-il laisser la situation telle quelle, que faut-il faire? Moi je dis non. Les générations à venir ne doivent pas hériter d’une société corrompue, et paresseuse. Il n’y a pas de solutions miracles. Toute personne valide doit se mettre au travail en respectant les règles du travail. Tout travail est régi par une déontologie, l’éthique qu’il faut respecter. Il faut respecter les contrats de travail.

Les lois existent mais elles ne sont pas appliquées à tout le monde. Cela doit changer. Personne ne doit être au-dessus des lois, y compris le président de la république qui doit donner l’exemple et sévir sévèrement. J’invite le Président Ouattara à redevenir le Premier Ministre d’Houphouët que nous avions connu et admiré dans les années 1990s. Il n’est jamais tard pour bien faire.

Il faut créer des émissions à la télé et à la radio pour sensibiliser sur ces comportements des ivoiriens face au travail. Mettre à la disposition du public des numéros d’appel en cas de travailleurs indélicats. La police et la gendarmerie doivent cesser de racketter les gens et faire leur travail avec rigueur. Ils prennent de l’argent aux automobilistes sans leur donner de reçus ou de faux reçus. De plus, cet argent qu’ils collectent n’est pas versé au trésor mais dans leurs poches personnelles. Cela doit cesser.

Il faut encourager les sociétés civiles et les ONG à sensibiliser, à faire des campagnes de proximité dans les communautés. Il faut de la fermeté dans l’application des lois.
En Côte d’ivoire il existe des services de bonne gouvernance , de lutte contre la corruption, et un inspectorat d’état pour lutter contre la corruption et autres détournements de biens publics mais qui ne font rien dans ce sens à mon avis. Peut-être qu’ils n’ont pas les moyens adéquats pour faire correctement leur travail ou sont tout simplement complices, je n’en sais rien.

Enfin, on peut en convenir avec certains historiens que la Réforme du 15ème Siècle en Europe était synonyme de ministère devant Dieu. Il est temps de reconsidérer en Côte d’Ivoire et en Afrique notre travail comme un ministère et notre lieu de travail comme champ de mission.

Nous devons tous prier Dieu à tous les niveaux pour nous délivrer de cette mentalité de vol, d’escroquerie, de paresse, de corruption etc parce qu’elle ne nous aide pas dans notre quête pour le développement socio-économique durable, dans notre quête d’un bien être individuel et collectif en moins que nos objectifs sur cette terre se trouvent ailleurs.

Merci.

Dr. Charles Koudou, Administrateur en Santé

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