Régies financières – Grand malaise aux impôts: Les syndicats paralysent tout à la mi-juin

Profil de carrière en berne, primes impayées

Derrière l’envie que suscite l’agent des impôts, derrière la bataille que livrent nombre de fonctionnaires pour faire carrière au sein du fisc ivoirien, le contraste est parlant. Plus rien ne va entre les syndicats et la direction générale des impôts. Les syndicats, tous en choeur, dénoncent des travers et des décisions non appliquées qui plombent le fonctionnement administratif et financier de cette régie financière, mamelle de l’économie nationale.
Le mercredi 25 mai dernier, à Cocody, la Fédération des syndicats de la Dgi (Fesy-Dgi) montait au créneau, une fois encore, lors d’une conférence de presse. Cette fédération a annoncé un préavis de grève qui devait être déposé le vendredi 27 mai.

Le président Thé Jasmin Roger a expliqué ce qui révolte en ce moment les camarades syndicalistes qui trouvent dans la grève annoncée, les 15, 16 et 17 juin, le seul moyen de se faire entendre. Il n’a pas sourcillé en déclarant :
« La Fédération des syndicats de la Direction générale des impôts informe l’opinion qu’elle va déposer un préavis de grève pour un mouvement prévu les 15, 16 et 17 juin 2022.
Je voudrais rappeler depuis le 23 mars 2022, la fédération a déposé un courrier auprès du cabinet du ministre du Budget pour débattre des points de revendications.
Il s’agit principalement de : l’application du profil de carrière ; de l’autonomie financière de la DGI ; de la fin des intérims par la désignation des différents responsables et chefs de service ; la redistribution de la plus-value.
Cela fait pratiquement dix ans que des postes sont toujours vacants alors que les titulaires sont à la retraite, pour certains, tandis que d’autres sont décédés.
Le profil de carrière aurait dû commencer à être appliqué à partir de fin mars 2022. Jusqu’à présent, il n’est pas appliqué.

Notre colère est devenue immense, notre désarroi commence à devenir une situation de non-droit parce que l’autorité semble ne plus nous écouter.

Nous voudrions informer les agents que nos revendications ne sont pas satisfaites. Nous déposerons, dès vendredi, un préavis de grève pour les 15, 16, et 17 juin 2022 pour exiger l’application du profil de carrière ; l’autonomie financière de la DGI ; la fin des intérims et la redistribution de la plus-value.

La FESY-DGI appelle tous les agents des impôts à prendre toutes les dispositions pour réussir ce mouvement de mécontentement. Nous restons ouverts aux discussions, mais exigeons d’être écoutés ».

Ces propos du président de la Fesy-Dgi sont soutenus et corroborés par Narcisse Zéréyé Zédou, Secrétaire général du Resa-fisc, syndicat membre de la fédération. Il fait cette révélation qui étale la mauvaise gouvernance du fisc ivoirien : « On a le sentiment que la DGI est devenue la seule administration où il est possible d’affecter des agents. On vient de recevoir près de 700 agents…On nous envoie des agents en dehors de toute règle, sans tenir compte des besoins, sans tenir compte des capacités d’accueil. Aujourd’hui, dans certains services, les agents travaillent debout. Certains sont sans machine. La situation est grave. Chaque jour, ce sont des recrutements à n’en pas finir. Cela est inadmissible.

Depuis 2008, un profil de carrière a été élaboré. Mais toutes les autorités, qui sont passées à la tête de la DGI, mettent tout en œuvre pour ne pas l’appliquer. Que l’on nous dise pourquoi ? On ne nous dira surtout pas que c’est parce que la direction générale des impôts manque de moyens. Depuis 1960 à 2013, la DGI a recruté moins que de 2013 à 2022.
Les agents sont démotivés, démobilisés ».

A leur tour, Koné Lama du Syna-Dgi et Silué Soungalo du Sylai ont décrit d’autres pans du malaise que vivent cadres et agents des impôts. Avec eux, on apprend que des cadres qui doivent faire valoir leur droit à la retraite sont toujours en poste. Que les fameuses primes qui faisaient pâlir d’envie ne sont plus régulièrement payées. Pis, des arriérés se sont accumulés qui rendent difficile tout règlement.

Face à tant de difficultés et des revendications récurrentes, les syndicats se laisseront-ils encore bernés par des promesses sans lendemain ? Entre le patriotisme et la lutte pour le confort personnel en récompense des efforts fournis, il y a bien un choix à faire.

Pour Bohué Ivan de l’UNAGI-CI, l’option est claire : « Si les chiffres notamment la plus-value de 21 milliards f cfa obtenue au terme du premier trimestre 2022 laisse croire que tout va bien, en réalité, les chiffres, à ce jour, montrent que la tendance est à la baisse du fait du mauvais redéploiement du personnel et du recrutement inexpliqué du personnel dont les compétences ne sont pas bien connues de la DGI qui n’est pas demanderesse (…)
Nous ne sommes pas des briseurs de croissance économique. La crise entre la Russie et l’Ukraine crée déjà assez de désagréments pour qu’on vienne en rajouter. Mais si on nous pousse à l’incivisme, nous irons plutôt à la responsabilité en arrêtant de travailler au risque de perdre la vie.

Cette grève à laquelle on nous conduit allègrement sera totale. Et tant que tous les points ne sont pas satisfaits, aucune promesse ne passera. Nous ne voulons plus de promesse ou de règlement a minima des revendications. C’est du 100% »

SD à Abidjan
sdebailly@yahoo.fr

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Publié par La Rédaction

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