Lumumba avait dénoncé Les crimes de Léopold II au Congo, Tshisekedi s’apprête à réhabiliter Léopold II au Congo

En vérité, contrairement à ce qu’écrivent les historiens occidentaux, ce n’est ni en 1907 ni à la Haye que naquit l’expression « crimes contre l’humanité ». La première fois qu’apparut le terme de « crimes contre l’humanité », ce fut sous la plume d’un Noir Américain, soldat, politicien, révérend et défenseur de droits civils, du nom de George Washington Williams, qui en 1889, ayant constaté de lui-même les atrocités commises par le gouvernement et les agents de Léopold II au Congo, écrivit aux puissances coloniales une lettre ouverte dans laquelle il accusait le roi des Belges de «crimes contre l’humanité» et exigeait que celui-ci soit traduit devant un tribunal international pour répondre de ses forfaits.

En effet, en 1889, convaincu que le Congo de Léopold II – dont les journaux vantaient, bien sûr par l’entremise du roi des Belges lui-même, les réussites économiques et sociales – serait la réponse à sa quête d’une terre promise pour les Noirs Américains éduqués, Williams se rendit au Congrès antiesclavagiste de Bruxelles sans y être invité. A Bruxelles, Williams soumit à un Léopold II fort intéressé ses plans pour une contribution des Noirs Américains à son « œuvre humanitaire en Afrique ». De son audience avec Léopold II, Williams retint une excellente image du roi des Belges, qu’il qualifia en des termes très gratifiants dans des articles commissionnés par L’Associated Literary Press.

Les premières tentatives de Williams pour recruter des Américains d’origine africaine comme agents de Léopold au Congo eurent lieu au Hampton Institute lors d’une série de conférences. Lorsqu’il devint évident à partir des questions du public que le conférencier parlait d’un endroit qu’il ne connaissait absolument pas, Williams décida d’aller lui-même s’enquérir de ce qu’était le Congo afin de mieux convaincre son audience. Ce que Williams vit au Congo l’horrifia au point où il se mit personnellement en campagne contre le roi des Belges. Dans sa lettre ouverte, Williams détailla 12 accusations contre Léopold II :

Au Congo, Léopold II avait eu les yeux plus gros que le ventre. Il n’avait pas les moyens de développer la région de manière à améliorer la vie des autochtones.

Le gouvernement de Léopold avait institué l’anarchie, l’arbitraire, l’injustice et le meurtre comme politique d’État au Congo.

Le gouvernement de Léopold violait constamment les contrats signés avec les soldats et ouvriers noirs.
Le système juridique de Léopold au Congo était arbitraire et corrompu.

Le gouvernement et les agents de Léopold commettaient sur les indigènes des actes excessifs de cruauté et d’inhumanité qui ne seraient pas concevables en Europe.

Le gouvernement de Léopold forçait les indigènes dans la prostitution et l’esclavage sexuel. Des individus étaient payés pour capturer et incarcérer des femmes et des jeunes filles sous de fausses accusations uniquement pour la gratification sexuelle des agents blancs de Léopold. Chaque fois que des enfants naissaient de ces rapports forcés, ils étaient considérés comme des propriétés gouvernementales et donc mis en esclavage plus tard au compte de Léopold.

Le gouvernement de Léopold interdisait aux indigènes de faire du commerce alors que ses agents étaient encouragés à organiser des razzias dans les villages et à saisir les biens des villageois.
Léopold a violé les termes fondamentaux de l’Acte de Berlin par lesquels les puissances occidentales lui ont permis d’acquérir le Congo.

Le gouvernement de Léopold armait les villages pour des guerres intertribales afin que les prisonniers de guerre servent comme les esclaves de Léopold. Ce faisant, Léopold encourageait les mutilations et le cannibalisme des indigènes par ses soldats de Bangala.

Le gouvernement de Léopold a acheté, vendu et volé des esclaves.

Léopold a armé les Arabes dans des territoires où il n’avait aucune juridiction.

Leopold, Stanley, et ses agents ont aliéné les indigènes, qui par conséquent, ne respectent pas spontanément leur autorité. Les prétentions de Léopold à l’amélioration de la vie des indigènes est une fraude pure et simple. Il n’y a pas de véritable développement au Congo qui profiterait aux indigènes.

Pendant que Léopold et son armée d’apologistes se préparaient à une réfutation impitoyable des accusations portées contre le roi des Belges, ils ignoraient que le principal accusateur du roi n’avait plus beaucoup de temps à vivre. Le corps de Williams avait déjà commencé à s’amenuiser sous les effets de la maladie. En 1891, à l’âge de quarante ans, Williams perdit sa dernière bataille contre la tuberculose. Cependant, ses dénonciations du régime meurtrier de Léopold au Congo étaient déjà abondamment lues et créaient des émois tant aux États-Unis qu’en Europe. Des salles de presse au Parlement belge, les effets de la Lettre firent écho.

 En Belgique, une volée d’insultes et de diffamations fut lancée contre Williams, le « Colonel noir », le « soi-disant –colonel », « l’insolent » et « impertinent », l’« analphabète total », qui « n’a jamais tenu le plus bas Rang dans l’armée des Etats-Unis ».

Trop tard ! L’image de Léopold, jusqu’alors immaculée, était désormais souillée, et son règne au Congo devint matière à interrogations aussi bien en Belgique qu’ailleurs. D’autres dénonciateurs, tels Edmund Morel, Roger Casement Robert E. Park, René Claparede, Pierre Mille, Emile Vandervelde, et l’Archevêque de Canterburry emboitèrent le pas à Williams et décrièrent la barbarie du roi des Belges au Congo.

Et de tout cela, l’ultime défense du roi des Belges fut qu’il ne fit rien que les autres puissances colonisatrices ne faisaient déjà dans leurs colonies en Afrique et en Asie. Que tous ensembles, ils étaient coupables de « crimes contre l’humanité » ou que personne ne l’était. Ce fut donc le monarque belge qui le premier fut accusé de « crimes contre l’humanité » qui indexa au monde ses complices.

Et ce monarque, dont les crimes précédèrent ceux d’Hitler, le Président congolais, Félix Antoine Tshisekedi, s’apprête à l’absoudre en déroulant le tapis rouge à son petit-fils, Philippe Léopold Louis Marie, roi des Belges, ce mardi 7 juin, 2022.

Martial Frindéthié

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Publié par La Rédaction

1 commentaire sur “Lumumba avait dénoncé Les crimes de Léopold II au Congo, Tshisekedi s’apprête à réhabiliter Léopold II au Congo

  1. ====== ETRE COMME UNE PORTE ======

    Mes amis Dogon du Mali m’ont invité au prochain SIGUI qui aura lieu dans une cinq (5) petites années dans les falaises de Bandiagara. L’attente a été longue pour cette première édition du 21ème de la célèbre fête tournante. Soixante années séparent en effet les différentes éditions les unes des autres.

    Les Dogons m’ont appris plusieurs choses. J’en révèle ici deux petits aspects.

    ==== 1. ASSEYONS NOUS ET DISCUTONS =====

    Bien avant que certains politiques ne se vantent d’avoir inventé la poudre à canon, j’avais compris sous le TOGUNA DOGON pourquoi il faut s’asseoir, entre hommes, pour engager des discussions fructueuses. Tout ce qui est important se discute sous le célèbre TOGUNA que vous trouverez dans chaque village Dogon. Cet espace social ouvert où de par la construction même, la seule posture permise est la position assise. Et le sens mystique va plus loin. Il embrasse le physique pour rencontrer le spirituel.

    Asseyons nous et discutons. Quelle que soit l’histoire traversée. Surtout après trois générations d’hommes qui ont eu le temps d’imprimer leurs capacités face au temps et aux défis qui s’imposaient à eux.

    ===== 2. ETRE LA PORTE QUI VOIT DEDANS, QUI VOUT DEHORS =======

    Le chef qui gouverne, doit être comme une porte. La porte avec ses deux faces. Une ouverte vers l’extérieur, une autre vers l’intérieur de la maison. Et la porte DOGON avec tous ses symboles dessinés, évoque entre autres attributs du chef, l’obligation de prendre en compte tous les actes posés par les autres, mais aussi le nécessaire devoir de l’autocritique.

    Bonjour Dr Martial Frindéthié,

    Votre longue démonstration des relations historiques entre le Congo Belge et l’affreux colonisateur belge, est dense. Mais l’histoire n’est pas faite pour accabler seulement une partie.

    Après plus d’une demi siècle d’histoire de la République du Congo (belge) passée de cette appellation à celle de Zaïre, accompagnée de toutes formes de nationalisation entre 1966 et 1971, période au cours de laquelle plusieurs villes seront rebaptisées, dont la capitale  Kinshasa (ex Léopoldville), Kisangani (ex Stanleyville), Lubumbashi (ex Elisabethville), Likasi (ex Jadotville), Kalemie (ex Albertville), Kananga (ex Luluabourg) et j’en passe, on est aujourd’hui dans la RDC une République dite Démocratique…

    Mon cher Dr Martial Frindéthié,

    Où en est on avec le projet du barrage du Grand INGA dont l’initiative date de 1925 ? Ne me présentez pas les bricolages effectués et pompeusement appelés Inga 1 et Inga 2 !

    Quand le Président de la RDC alors Président en exercice de l’UA, reçoit à KIN, les parties en conflit du barrage de la Renaissance d’Ethiopie, tout bon congolais devrait en profiter pour penser à Inga qui est une très grande désillusion. Les causes sont multiples et le Belge fut-il le 7eme descendant de Leopold II, ne saurait être toujours comptable des déconvenues de la gouvernance à la sauce Rumba.

    Pour qui connaît l’Afrique Centrale et ses lectures tribales en matière de gouvernance, il apparaît évident qu’en dehors d’une structure de République Fédérale bien pensée, il sera impossible à celui qui réside à Kinshasa d’avoir une compréhension lucide et intelligente des difficultés qui assaillent au quotidien les citoyens de Bukavu à 2 300 kms… Rien à voir avec notre Abidjan- Minignan de moins de 900 Kms.

    2 300 kms qui sont au-delà de la distance géographique, un monde de cultures différentes et de réalités difficilement superposables.

    Le sous continent RDC avec ce territoire immense est un monde multipolaire qui ne peut se construire en restant enfermé sur une histoire certes vraie mais qui ne suffit pas à justifier voire à simplement expliquer l’immobilisme après tant d’années d’indépendance. Le premier partenaire naturel de la RDC peut il être un autre état que la Belgique où des milliers de ses concitoyens ont trouvé refuge ?

    Le Kinshasa, appelée Léopoldville de 1881 à 1966, et géré depuis plus de 50 ans avec nos manières, ressemble t il a l’héritage reçu ?

    Voici pourquoi une question essentielle doit trouver place dans nos réflexions de temps en temps :

    Pouvons nous souffrir, nous africains , d’être assis sous notre TOGUNA, de l’autre côté de la porte intérieure ?

    Mes respects Professeur !

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