En Côte-d’Ivoire une situation économique inquiétante sur fond d’endettement extérieur explosif, du gouffre au suicide

Les autorités actuelles en Côte d’Ivoire clament haut et fort ceci:

« Hier, la Côte d’Ivoire était au bord du gouffre. Aujourd’hui, le pays a fait un bon en avant. »

Eh oui, hélas ! C’est le moins qu’on puisse dire au regard des dangers qui pèsent sur l’avenir de l’économie ivoirienne avec un endettement explosif. Un endettement dont la soutenabilité pour demain questionne beaucoup. Un endettement hors de contrôle avec son corollaire manifestement affirmé de décrépitudes sociale et morale marquée par la prostitution en tous genres, la pédophilie, les braquages à gogo, les collèges devenus de vrais bordels où les diplômes délivrés aux enfants sont les grossesses prématurées, etc. Quand on est au bord du gouffre, on ne bondit pas en avant. On s’arrête. On prend même du recul. On réfléchit pour asseoir une logique adaptée. Nous sommes de fait tentés de répondre que çà, çà s’appelle le suicide. Il ne leur reste plus qu’à annoncer aux citoyens l’enterrement de la souveraineté de notre pays. Un pays aujourd’hui sous la double télécommande européenne et arabe. Mais ça, jamais ils n’auront le courage de le claironner car eux, ils bondissent en avant et avancent quoi qu’il en coûte au pays politiquement, économiquement et socialement. Ainsi, ils ont les pas dons les pas de celui pour qui les chiens aboient pendant que la caravane passe. La caravane est passée et on connaît ce qu’il en est coûté aux chiens son héritage, une guerre née de la pauvreté continue avec des flux migratoires non maîtrisés.

La Côte d’Ivoire emprunte de l’argent à l’extérieur. Elle emprunte encore et encore. Le stock de la dette est estimé aujourd’hui à environ vingt-cinq mille milliards de francs CFA. Le niveau d’endettement du pays dépasse largement 53% du Produit intérieur brut. Elle contracte des dettes à gauche et à droite auprès des pays riches et des institutions financières internationales en charge de la valorisation des finances d’investisseurs en faisant fi de la soutenabilité de ces dettes. Emprunter, en soi, n’est pas un problème. Mais le souci dans le cas de la Côte d’Ivoire est qu’elle fait cela de façon désordonnée. Elle le fait, pour ainsi dire, sans tenue ni retenue. Cette façon de s’endetter ressemble beaucoup à la méthode de l’ardoise qu’ouvrent certaines ménagères et certains pères de familles en difficulté chez l’épicier mauritanien dans les quartiers populaires d’Abobo-gare, de Port-Bouet, Treicchville et Yopougon, etc. Or, c’est une ardoise qu’il faudra régler tôt ou tard quelque soit le temps qu’il fera. Qu’il y ait canicule avec rationnement électrique ou déluge avec déguerpissement, il faudra mettre la main à la poche pour payer. Et la Côte d’Ivoire sait qu’elle ne pourra le moment venu s’en soustraire en se prévalant de quelque immunité amicale. Le Général de Gaulle disait, faut-il le rappeler: « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Cet endettement à tout prix commence à peser sur la capacité du pays à répondre aux attentes de la population ivoirienne en matières de santé, d’éducation et de qualité de vie quotidienne. Rien que le service de la dette (qui nest pas la dette elle même mais les intérêts) qui représente les ressources budgétaires affectées au remboursement des emprunts s’élèvent à environ 43 % des recettes intérieures. En y ajoutant la dette intérieure cela représente à peu près 60% des ressources de l’État.

Décidément, ce que montre aujourd’hui les autorités de ce pays est que la Côte d’Ivoire n’a pas tiré les leçons de son passé sulfureux. Ce passé des deux petites décennies qui ont suivi la proclamation de l’indépendance. Durant cette petite période sur la base des infrastructures laissées par l’administration coloniale et s’appuyant sur la structuration économique cette dernière, des taux de croissance positifs ont été obtenus. Et l’on a déclaré que la Côte d’Ivoire était touchée par l’esprit de Notre-Dame de Lourdes: le miracle, le miracle économique qui en réalité n’était qu’un mirage. On a vu fleurir à partir de 1977, les licenciements déclinés sous le terme édulcoré de compressions, la castration de l’action éducative avec la diminution drastique de bourses scolaires et universitaires et l’instauration de goulets d’étranglement comme le baccalauréat probatoire, la limitation des recrutements dans l’administration avec son corollaire de montée en flèche de la corruption, la dégénérescence des conditions de prise en charge hospitalière avec les restrictions budgétaires des hôpitaux, la perte de contrôle démographique et plus particulièrement de tout contrôle des flux migratoires avec une propagation de l’insécurité, etc. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il n’y a aucune raison de croire qu’emprunter de l’argent à l’étranger est le meilleur moyen de parvenir à la réussite économique. Ce n’est même pas tout simplement un moyen approprié pour éliminer la pauvreté et la misère dans un pays. On n’a pas besoin pour cela d’avoir été formé dans quelque prestigieuse école de science économique. Chaque pays dispose en son sein de ressources naturelles et autres potentialités qu’il doit valoriser dans la programmation de son plan de développement et donc d’élaboration de son budget. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui parmi les pays qui exploitent et exportent du pétrole. Les ivoiriens qui ont les yeux rivés sur le cacao doivent savoir celà. Et surtout, ils doivent savoir où va l’argent du pétrole. L’emprunt extérieur ne doit être conçu que comme ressource complémentaire qui vient juste renforcer les efforts de valorisation des ressources internes. Ce pendant, ce que les autorités ivoiriennes actuelles font croire à la population à travers une communication agressive à coups de ramassis d’arguments est qu’on peut développer le pays à coups de dettes. Tout celà sous la déclinaison du concept: « Emergence ». C’est trompeur. Et il n’est pas bien de tromper car celui qui trompe est vite rattrapé par son mensonge et la réalité, par l’épreuve des faits. Beaucoup d’esprits simples malheureusement tombent dans le piège. Et ils se plaisent à rêver naïvement d’un pays qui marche vers un développement économique avec en ligne de mire une population épanouie et heureuse.

Quelle grossière erreur !

Fort heureusement cette frange d’esprits simples que la démagogie nourrit d’espoir n’est qu’une petite minorité. Dans les relations entre pays développés et pays sous-développés, prêter de l’argent à un pays sous-développé est visiblement le meilleur moyen d’élargir le marché des produits finis du pays développé, d’accéder facilement au marché du pays sous-développé mais surtout à ses ressources naturelles. Une certitude est que ce qui est emprunté doit être remboursé au prêteur par l’emprunteur quoi qu’il en coûte. Et Dieu sait ce qu’il en coûte. Le gouvernement du pays emprunteur pour rembourser la dette et le service de la dette doit nécessairement investir dans des activités compétitives à l’échelle internationale. Or çà, c’est une autre histoire. Ce n’est pas le cas de la Côte d’Ivoire. Dévaster son couvert forestier pour des plants de cacao, d’hévéa, de palmier à huile et laisser polluer les cours d’eau au mercure en quoi cela induit de la compétitivité à l’échelle internationale à l’heure où le monde fonctionne avec des téléphones portables, des ordinateurs, d’internet, etc. ?
Il faut savoir que chaque fois que l’on annonce l’obtention d’un crédit en Côte d’Ivoire, environ entre 30% et 35% de la somme empruntée s’envole en ristournes au profit d’intermédiaires occultes et officiels. Actuellement, une grande partie des prêts contractés auprès de partenaires européens est immédiatement défalquée. Ceci en contre-partie des remboursements des dépenses liées à l’implication des forces militaires européennes dans la guerre en Côte d’Ivoire. Quelque soit la ligne pour laquelle le crédit est accordé, une partie est orientée systématiquement à l’assistance technique militaire actuelle et en fournitures en nouvelles armes. Ces pays n’apprennent pas aux militaires ivoiriens à fabriquer des armes. Ils n’installent pas d’usines de fabrication d’armes en Côte d’Ivoire. L’assistance est juste consommative et entretien la dépendance perpétuelle. C’est ce genre de mécanismes qui fait fonctionner les usines d’armement et qui préserve des emplois en Europe où comme chacun le sait l’essentiel des contestations se déclinent en marches et pétitions. Seule une petite partie de l’argent emprunté est donc utilisée pour les besoins exprimés. De fait, très vite le pays se retrouve pris à la gorge. Dès lors, il se voit contraint d’engager une politique d’austérité. Et indubitablement, c’est l’éducation de la population, la formation de la jeunesse, la santé et la culture qui sont les premiers secteurs à en faire les frais.

En Côte d’Ivoire ce sont les institutions financières comme le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et les banques islamiques qui ont aujourd’hui le contrôle politique du pays. Ce sont ces institutions qui imposent au gouvernement l’orientation de sa politique et de son économie afin d’être en capacité d’honorer ses engagements. De facto, la Côte d’Ivoire est devenue ce qu’il convient d’appeler une colonie informelle. Quand les autorités ivoiriennes affirment: que : « Hier, le pays était au bord du gouffre. Aujourd’hui, il a fait un grand bon en avant », elles ne croient pas si bien dire.

Quand on est au bord d’un gouffre, on n’avance pas. On s’arrête. On prend du recul. On réfléchit au contournement du gouffre. Quand on fait un bon en avant, cela s’appelle se suicider. Et ce à quoi on assiste c’est au suicide de la souveraineté de la nation, à la perte de contrôle de notre destin en tant que nation. Demain, sans doute, elles nous annonceront son enterrement. Heureusement que les prêteurs lui laissent encore un drapeau et une hymne pour ne pas la mettre complètement nue.
Pour ne pas alourdir la présente publication et la rendre indigeste au lecteur, nous proposons dans une prochaine contribution de mettre en avant de façon exclusive les solutions qui permettent de conduire efficacement une politique économique sans recours excessif à l’endettement extérieur.

Dr KOCK OBHUSU
Economiste, Ingénieur

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