Nous sommes un problème [Chronique de Venance Konan]

Il y a quelques jours, j’ai regardé un reportage qui nous montrait ce qu’était devenue la ville de Grand-Bassam depuis qu’elle a été classée au patrimoine mondial de l’Unesco. La réalité est qu’absolument rien n’a été fait pour que la ville et la Côte d’Ivoire tirent profit de cette distinction accordée à la première capitale de la Côte d’Ivoire lorsqu’elle était encore une colonie. Bien au contraire, les vieilles maisons coloniales qui donnent ce charme si particulier à cette ville, et grâce auxquelles elle a obtenu sa distinction, sont toujours abandonnées, en voie pour certaines de s’écrouler, aucune action de réhabilitation n’a été entreprise, et certaines de ces maisons servent même de dépotoirs aux ordures.

Finalement, à quoi nous a-t-il donc servi de dépenser tout cet argent, déranger nos amis pour obtenir leur soutien, si c’est pour ne rien en faire ? Avez-vous vu la lagune qui borde ce quartier historique ? Elle est envahie par des plantes qui sont en train de la tuer. Sommes-nous des gens sérieux ? Ou bien nous n’avons pas encore compris tout ce que cela pouvait nous rapporter d’avoir cette distinction et si nous nous investissions sérieusement dans la réhabilitation de cette ville ?

Il est évident que malgré toute sa bonne volonté, la municipalité de la ville de Grand-Bassam n’a pas les moyens de faire tous les travaux de réhabilitation qui feraient de cette ville une des plus grandes destinations touristiques du monde. Mais que fait l’État qui a mis tout en œuvre pour que Grand-Bassam soit inscrite au patrimoine de l’Unesco ? Nous avons quel problème ?

Une de mes amies qui a récemment visité les Seychelles en est revenue un peu déçue par ce qu’elle a vu. Non pas que le pays ne soit pas beau, mais selon elle, la Côte d’Ivoire n’a rien à lui envier. « C’est beau là-bas, c’est propre, il n’y a rien à dire, mais c’est juste une succession d’îles dans la mer dont plusieurs sont d’ailleurs inhabitées. Mais c’est comme chez nous. C’est comme Assinie, Jacqueville, Sassandra ou toutes les villes de notre littoral, si nous les avions mises en valeur. Mais nous, en plus du littoral, nous avons des savanes, des forêts, la région de Man et ses montagnes, des cultures très variées, des parcs animaliers, etc. »

A propos de parcs animaliers, avez-vous été dans le parc de la Comoé aussi appelé « réserve de Bouna ? » J’y ai été deux fois et tout ce que j’ai pu y voir comme animaux étaient quelques malheureux singes et un point noir dans le fleuve que l’on me présenta comme le bout d’oreille d’un hippopotame. En ce moment, ne vous avisez pas d’y aller. Le parc est infesté par les orpailleurs qui sont en train de le détruire consciencieusement, avec le soutien de quelques djihadistes bien barbus, les autres parcs sont aussi occupés par des planteurs de cacao et des orpailleurs, et les chimpanzés qui en constituent l’attrait principal finissent au fond des casseroles, dans l’indifférence de tout le monde. Est-ce que nous avons envie de réussir ? Au fait, le Zaouli aussi a été inscrit au patrimoine de l’Unesco. Et après ? Et après, rien. On a oublié. Un jour, j’ai vu une vidéo où des Chinois dansaient le Zaouli.

Abidjan ici, dormons seulement. Nous serons très surpris par ce que les Chinois en feront. Que nous faut-il pour comprendre l’intérêt économique pour nous de mettre en valeur les villes de notre littoral telles que Grand-Bassam, Jacqueville, Fresco, Sassandra, San-Pedro, Grand-Béréby, Tabou, des endroits tels que Monogaga, nos plans d’eau, les mosquées centenaires du nord du pays, nos différentes cultures… ?

En son temps, Houphouët-Boigny avait construit à grands frais une basilique, la plus grande du monde, à Yamoussoukro en espérant qu’elle attire un jour des milliers de personnes. Elle existe depuis plus de trente ans et on ne peut pas dire que la foule se presse pour aller la visiter. Normal, puisque nous ne faisons strictement rien pour que la foule y aille. Nos chrétiens se pressent par milliers pour aller chaque année acheter des reproductions des basiliques de Rome ou de Jérusalem, mais nous, nous ne savons pas comment commercialiser des produits dérivés de la nôtre.

Est-ce que nous y pensons même ? Nous attendons que les Chinois viennent commencer, pour nous mettre à geindre contre « ces gens qui nous piquent tout ». Abidjan ici, dormons seulement. En fin de compte, ce n’est pas la Côte d’Ivoire qui a un problème mais c’est nous, Ivoiriens qui sommes un gros problème pour notre pays.

Par Venance Konan

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