Hommage au doyen Lamine Fadiga, l’un des plus grands hommes d’affaires ivoiriens

Décédé le 28 juin 1990, le doyen Lamine Fadiga était l’un des fidèles compagnons du président Félix Houphouët-Boigny.

Avant de débuter sa carrière politique, Lamine Ba Fadiga est déjà un grand commerçant. Il est le premier distributeur de sel en Côte d’Ivoire et le plus gros exportateur de cola de la sous-région.

C’est avec l’or que sa mère lui a légué que Lamine va se lancer dans le commerce de la cola et acheter son premier camion. Fin négociant, il devient en très peu de temps, le plus gros fournisseur de cola du Mali et du Sénégal, supplantant le leader du marché, le Malien de Mopti, M. Hashkar.

En 1938, un juteux contrat, le pousse à quitter Man pour s’installer à Bouaké. Le père du ministre M’Bahia Blé Kouadio alors traducteur du gouverneur, le recommande à Samba Ambroise qui lui trouve un marché de transport de café et de cacao avec CFCI de Bouaké.

Lamine a connu le chef de canton Dja Houphouët, grâce à son frère ainé Mory Fadiga qui était un proche d’Ouézzin Coulibaly. Il adhère au PDCI RDA dès sa création en 1946 et devient le délégué pour les régions de Mankono, Séguéla et Touba, son village natal. Membre du Comité central du PDCI RDA de 1948 à 1954 puis du comité Directeur, en 1952, Lamine Fadiga est élu conseiller territorial de cercles de Séguéla. En 1953, il est conseiller municipal de Bouaké, cette même année, en pleine campagne pour une élection partielle de l’Assemblée territoriale dans la région d’Odienné, il échappe à un attentat. Sa voiture est criblée de balles. Les snipers ont confondu son véhicule avec celui de Houphouët-Boigny, présent au même moment dans la ville d’ Odienné. En 1958, il est nommé conseiller général à l’Assemblée constituante et en 1960 député de l’Assemblée nationale. On a commencé à l’appeler « doyen » à partir de 1974; quand il a créé le comité de développement pour gérer les fonds des dotations présidentielles qui ont permis de désenclaver la région de Touba. Vêtu dans de beaux boubous brodés et coiffé d’un chapeau blanc, on pouvait le confondre avec son cousin le président Sékou Touré. En effet, Aminata Fadiga, la mère de ce dernier, est la cousine Germaine du père de Lamine.

Lamine Fadiga est autodidacte, il a fréquenté l’école coranique. Au début des années 60, il ouvre sa première usine, une biscuiterie à Yopougon. Puis, une autre à Bouaké qui confectionne des soutiens-gorge. Parmi les nombreuses sociétés qu’il a créées on peut citer, UNIPACI spécialisé dans l’emballage, POLYPLAST une manufacture de produits plastique ( bassines, seaux), ALCAN IVOIRE TOLE qui est devenu METAL IVOIRE. Il est présent dans l’industrie chimique avec CHIMIE AFRIQUE qui produit de l’alcool médical. On le retrouve dans l’actionnariat de plusieurs sociétés comme la SIFCA, la COMAFRIQUE, la SAFICA etc. À la fin des années 70, il est aussi représentant pour l’Afrique de l’ouest du groupe hôtelier ACCOR. Il est à l’origine de l’ouverture des hôtels IBIS d’Abidjan et c’est sur son terrain au plateau que le NOVOTEL a été construit. 1980 marque son apogée dans les affaires. Il crée la BANAFRIQUE, une banque qui va fusionner avec la BOA et il rachète SOTROPAL, la plus grande industrie d’allumettes en Afrique. En 1984, la Côte d’Ivoire est 1° producteur mondiale de noix de cola et Lamine Fadiga est l’un des principaux fournisseurs en noix de cola du géant américain Coca-Cola.

1985, est une année importante pour lui. Après trois décennies passées à l’Assemblée nationale, Il décide de quitter l’hémicycle pour laisser la place aux jeunes. En 1954, il était l’un des premiers Autochtones membre de la chambre du commerce. Élu vice-président de cette institution en 1964, il en devient le président en 1985. Proche de grands chefs d’État comme Léopold Sédar Senghor, François Mitterrand, Hassan II et Jacques Chirac, le doyen Lamine Fadiga était un homme discret. Connu pour sa grande philanthropie, il a construit une maison pour handicapés physiques, des écoles primaires à Touba qu’il a remise au ministère de l’Éducation nationale et un établissement d’enseignement secondaire.

En mai 1990, le doyen âgé de 72 ans se sent fatigué. Il se rend à Paris afin de se soumettre à un bilan médical. Le 15 mai, à la veille de cet ultime voyage, il réunit les cadres de sa région pour leur adresser un dernier message : « comme nous l’avons fait avant vous, restez unis derrière le président Houphouët-Boigny au sein du PDCI RDA ». Quelques semaines plus tard le doyen Lamine Fadiga s’éteint à Paris. Inhumé au cimetière de Williamsville, ses obsèques se sont déroulées sans fleurs, ni couronne. Le cercueil était simplement drapé de velours vert aux inscriptions coraniques.

Écrit par Fabien Habib Bosson pour Houphouetologie. Extraits des discours adressés lors des funérailles par Gbahou Diomandé et le ministre Mathieu Ekra.

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