Rencontre ADO-Bédié-Gbagbo ou la grande désillusion habituelle

Nos trois leaders de la politique ivoirienne sont tombés dans le piège de ce qui se murmurait depuis lors à savoir qu’il ne se passerait rien de profond de nouveau pour les ivoiriens durant leur rencontre. Tout comme le dialogue politique avait accouché d’une souris, la rencontre des trois dinosaures de la politique ivoirienne a encore elle aussi accouché d’une souris. Les huits points ci-dessous dont ils ont parlé ne résoudront pas les problèmes politiques, économiques, et sociaux que nous avons en Afrique et en Côte d’Ivoire.

J’estime qu’ils sont passés à côté du plus important, du plus profond. En Afrique on refuse d’aller aux causes profondes des problèmes. La toute première préoccupation et donc leur priorité, ce sont les subventions à leurs partis politiques le PDCI-RDA et le PPA-CI, le RDR étant déjà au beurre. Si les caisses de leurs partis sont remplies, ils sont contents. Pourquoi cette priorité? Bien parce qu’il leur faut de l’argent, beaucoup d’argent pour survivre. Ensuite vient le dégel des comptes en banque. Pour contenter les populations, bien sûr ils ont évoqué les autres points en les survolant.

“La subvention aux partis politiques, le dégel des comptes bancaires, la libération des prisonniers, la recomposition de la CEI, la Révision du découpage électoral, la vie chère, l’audit de la liste électorale, Charles Blé Goudé et Soro Guillaume”.

Ces points de discussions sont certes pertinents cependant, ils ne sont pas la solution aux problèmes politiques, économiques, et sociaux en Afrique et en Côte d’Ivoire. Pour ma part en tant que citoyen lambda, je souhaite une solution durable pour le pays, pas des sujets secondaires, et passagers. Je m’attendais à mieux d’un homme comme Bédié, lui qui n’aime pas se déplacer d’habitude et qui s’est rendu promptement à la présidence parce qu’il voulait l’argent. Bédié devrait aujourd’hui avoir sa propre fondation privée qui financerait en partie le PDCI dont lui Bédié devrait être le président d’honneur et même laisser la présidence du PDCI à un autre. La Fondation Henri Konan devrait exister à présent pour aider les jeunes ivoiriens ou du moins les jeunes militants du PDCI à entreprendre leurs petits business. Je suis déçu de le voir aller demander de l’argent afin que le PDCI soit encore financé sur le dos des impôts des ivoiriens tout comme son compagnon du jour sous le prétexte que c’est leurs droits d’être financés par l’Etat.
Ces deux messieurs Bédié et Gbagbo oublient que les partis politiques sont avant tout des structures privées qui doivent d’abord être auto-suffisantes. En quoi le financement des partis politiques par l’Etat regarde les ivoiriens dans l’ensemble? Eux, les ivoiriens qui ont des problèmes pour se soigner, pour investir, pour manger convenablement à cause du manque d’emploi et à cause de la cherté de la vie, eux qui n’ont pas de moyens pour scolariser leurs enfants? Dites moi Messieurs Bédié et Gbagbo en quoi vos doléances de financement de vos partis concernent les populations? Ces populations ont rêvé d’avoir des réductions du coût de vie, la suppression des péages sur les routes, l’amélioration des conditions de travail, trouver le travail même, la sécurité, la justice pour tous, etc. Bon, bref, j’aurais voulu que nos deux visiteurs du palais et leur hôte se mettent au-dessus de tout, qu’ils aient de la hauteur. Qu’ils disent par exemple:
Il y a longtemps qu’on se bat sur le terrain politique et par ricochet nos supporters respectifs se battent et cela freine le développement du pays. Nous n’avons pas l’occasion de nous retrouver souvent. Donc aujourd’hui, nous devons discuter des causes profondes de nos querelles qui ont un impact négatif direct sur la bonne marche du pays. Au fait, c’est quoi le problème? Pourquoi nous nous battons? Qu’est ce qui nous divise tant?
Remettons sur la table de discussion les pouvoirs d’un président de la république. Relisons notre constitution point par point sur ces pouvoirs que tout le monde convoite tant. Créons véritablement les conditions démocratiques dans le pays en réduisant les pouvoirs du président de la république. Nous devons équilibrer ces pouvoirs avec les pouvoirs des autres institutions de la république. Nous sommes les doyens après Houphouët, nous devons donc laisser aux générations à venir une constitution moderne qui équilibre les pouvoirs de l’exécutif avec ceux du parlement, du sénat, la chambre des comptes, la justice, la CEI, etc. Si on ne le fait pas, personne ne le fera à notre place et nous sommes presqu’au soir de nos vies politiques.
Nous devons laisser une bonne image, un excellent héritage politique que les autres pays africains prendront comme exemple. Regardons chez les occidentaux. Rares ou presque pas de guerres ni de rébellions lors de leurs présidentielles parce que leurs élections ne suscitent pas tant de passions chez eux jusqu’à avoir des morts. Leurs élections dans la plupart des cas ne sont pas contestées et s’il y a contestation tout le monde se réfère à la cour suprême ou au conseil constitutionnel qui tranche selon la constitution. Chez nous en Afrique en général et en Côte d’Ivoire en particulier, nous les chefs d’états, on se comporte comme les propriétaires de nos pays. Nous refusons la contradiction, nous monopolisons les médias d’Etat, les finances publiques, l’armée. Nous nous octroyons des budgets de souveraineté aux montants à nos goûts en plus des budgets de nos présidences de la république. Nous mêmes on n’a pas de salaire ou du moins personne ne connait nos salaires, c’est un sujet tabou.
Nous nommons les gens comme on le veut sans même demander l’avis des autres institutions de l’État. On n’enquête pas sur la moralité encore moins sur la compétence et les qualifications des gens qu’on nomme comme cela se fait ailleurs au Liberia, aux USA, etc. Tous les pouvoirs sont concentrés entre nos mains en tant que chefs d’État. Nous diabolisons nos opposants à telle enseigne qu’ils ont peur de nous faire des critiques même constructives. Avec nous, l’opposition est morte. Nous manipulons la justice et le parlement. Pour un oui ou un non nous faisons mettre des citoyens en prison à qui nous faisons subir des tortures.
Nous ne sanctionnons pas les détournements des deniers publiques. Nous favorisons le tribalisme, le népotisme, nous nommons même les sénateurs, nous affectionnons le culte de la personnalité, nous influençons les élections des députés, des maires, nous ne sommes pas concernés dans l’application des lois, nous avons la main-mise sur toutes les structures d’État, etc. Ces pratiques favorisent la corruption à tous les échelons de la société. Voilà pourquoi il y a tant de convoitises autour de la présidence de la république. Alors nous trois, faisons en sorte que tout ceci soit corrigé afin qu’il ait la paix lors de nos élections. Depassionnons les débats politiques car ils fragilisent le tissu social.
Nous devons banaliser la fonction de chef d’état afin qu’elle suscite moins de passions, moins d’engouements, moins de tensions et que les gens s’intéressent davantage à créer leurs propres business, leurs entreprises donc à la création d’emploi plutôt que de les voir se battre et mourir à chaque élection et même au delà des périodes électorales à cause de nous. Proposons une constitution moderne débarrassée de tout esprit de vengeance, de tricherie. Proposons une constitution impersonnelle à nos compatriotes et que personne, même pas un militaire ne voudrait abolir.
J’aurais voulu que les trois dinosaures de la politique ivoirienne parlent de cette façon. Qu’ils s’attaquent aux véritables origines de leurs divisions, de leurs palabres plutôt que de montrer des visages souriants qui cachent mal l’hypocrisie de tout politicien et montrer des scènes horribles à chaque élection. Ils parlent de paix, de réconciliation, signent des mémorandums, des accords, etc mais allons aux élections et vous verrez encore les bagarres, les tricheries, les cafouillages partout dans le pays surtout dans sa partie nord qui est interdite d’accès aux partis politiques non RDR. Tout cela doit prendre fin. Il faut avoir le courage d’aborder les problèmes à fond pour en finir pour de bon.

Les élections ne sont pas synonymes de guerres, c’est une compétition comme le sport sauf que l’autre est politique. Nous tous nous voulons le bien être des habitants du pays, le développement du pays et personne n’aime le pays mieux que l’autre. En tant que filles et filles du pays, pensons au pays avant toute autre considération et comportons nous tous comme les fils et filles d’une même famille. On doit s’attendre sur l’essentiel, c’est à dire le pays. On doit prouver aux occidentaux que nous sommes capables de faire comme eux et même mieux qu’eux. Que Dieu Tout Puissant les touche afin que la sagesse les habite dans ce sens.

Tout le monde veut le fauteuil présidentiel parce qu’il est riche en pouvoirs or ce fauteuil est unique. J’invite sérieusement nos trois leaders à voir les problèmes dans ce sens avant toute autre considération car c’est l’origine de nos maux en Afrique et en Côte d’Ivoire plutôt que d’aller négocier l’augmentation des subventions allouées à leurs partis politiques pendant que les populations souffrent. Les solutions aux autres préoccupations dont ils ont parlé brièvement d’ailleurs viendront, tout naturellement si mes suggestions étaient appliquées. Chers Présidents, n’attendez pas la veille des élections pour faire semblant de faire la paix et refaire les guerres parce que les élections sont toujours mal organisées et donc contestées.

Evidemment je vous comprends. Ce n’est pas dans vos intérêts d’arranger les choses comme je le souhaite. Chacun d’entre vous travaille selon ses intérêts personnels. Ce sont ces pouvoirs de président de la république que vous convoitez tous, vous et les autres politiciens. Par conséquent, vous ne songerez jamais à la réduction de ces pouvoirs, à leur équilibre avec les autres institutions de la république. Je le sais et c’est pourquoi je vous demande que vous vous mettez au-dessus de tout, que vous relevez le niveau des débats. Vous avez tous été présidents de la république, que vous vous mettez franchement au-dessus et vous rentrerez dans l’histoire de l’Afrique et de la Côte d’Ivoire avec élégance et une

mention très spéciale.

Merci

Dr. Charles Koudou, Administrateur de la Santé

Consultant Indépendant en Santé et Développement

Fondateur de la Société Civile Conscience nationale pour le Développement

koudoucharles@gmail.com facebook@charleskoudou

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