La crise des 49 soldats porte-t-elle un préjudice politique à Téné Birahima Ouattara ?

La question se pose. Depuis le déclenchement de la crise le 10 Juillet dernier, l’homme adopte un profil bas. Bien que les festivités de l’an 62 de la Côte d’Ivoire aient été parfaitement organisées, notamment le défilé militaire, le sort des 49 soldats aux mains des autorités maliennes a été incontestablement une ombre qui a plané sur l’événement.

Ministre de la défense depuis le 8 mars 2021, Téné Birahima Ouattara (TBO) avait jusque-là effectué un parcours discret et sans faute comme à son habitude.

Mais aujourd’hui, la crise des 49 soldats constitue une ombre sur ce tableau. Il porte en dernier ressort, l’entière responsabilité. Cette affaire peut-elle lui porter préjudice sur le plan politique ?

Si l’homme n’a jamais fait la moindre allusion à 2025, il est vu comme un potentiel successeur de son frère. Des clubs de soutien sont en place, prêts à accélérer si TBO décide de se lancer. Mais il semble qu’en ce moment, aucune décision n’a encore été vraiment prise. Or cette affaire restera une épine dans le pied de l’homme tant que les soldats ne seront pas rentrés au bercail, il sera véritablement difficile à TBO de tourner la page et passer à « autre chose ». Le 03 Août dernier, le porte parole du gouvernement ivoirien a reconnu que le processus de libération des soldats sera peut-être « long ». Cela signifie simplement que la crise est partie pour durer.

Le Colonel Assimi Goita réclame qu’on lui « livre » Karim Keïta, le fils de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita, qu’il a renversé le 18 Août 2020, en échange des 49 soldats. Si la Côte d’Ivoire cédait, alors il est à craindre qu’elle ne soit plus vue comme une terre sûre pour les réfugiés politiques. En règle générale en Afrique, on ne livre ni un président, ni sa famille, ni même ses ministres lorsqu’ils trouvent refuge dans un pays, suite à un putsch ou un soulèvement à domicile.

Il faut craindre pour l’intégrité physique de Karim Keita si la junte malienne réussissait à mettre la main sur lui. Le Colonel Goita n’a pas hésité à laisser mourir en incarcération l’ancien Premier Ministre Boubeye Maiga, alors que l’état de ce dernier nécessitait une évacuation sur Paris. L’homme qui fut arrêté lors de la tentative d’agression sur sa personne, a perdu la vie durant son interrogatoire. Enfin la mort de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita à son domicile, qui était encadré par les forces armées, a été jugée suspecte par certains journaux maliens.

Assimi Goita fait de Karim Keita une priorité parce qu’il sait en son fort intérieur que tôt ou tard ce dernier va s’en prendre à lui, pour avoir été le « tombeur » de son père. Karim Keita est jeune, ambitieux. Il a certainement eu le temps de mettre à l’abri une fortune, durant les huit années de règne de son père. Il est naturel qu’il cherche à reprendre l’héritage politique paternel. C’est cela le cauchemar d’Assimi Goita. Il est clair qu’en faisant arrêter les soldats Ivoiriens, il avait bien en tête l’idée de les « échanger » contre Karim Keïta. On comprend donc que la Côte d’Ivoire ne peut se permettre de livrer ce garçon à la junte malienne.

Pour accélérer le processus de libération des soldats et sortir de la crise, TBO qui a toujours été décrit comme partisan d’une ligne dure, pourrait inciter son frère à jouer la carte des mesures de rétorsion économique contre Bamako. Après avoir plus ou moins bien « géré » les sanctions de la CEDEAO, les Maliens peuvent penser n’avoir plus rien à craindre de ce côté-ci. Or La Côte d’Ivoire est en mesure de prendre de façon unilatérale des sanctions qu’il leur sera difficile de contourner (électricité, carburant, fermeture des frontières etc…)

Il est cependant à espérer que la crise trouve une issue dans le dialogue. La communauté malienne en Côte d’Ivoire est la seconde en importance après la communauté burkinabé, environ trois à quatre millions d’individus. Beaucoup d’Ivoiriens sont d’origine malienne du fait du brassage. En cas d’escalade, la question sera délicate pour la CI, des remous au sein de la population sont à craindre. Mais en tout état de cause, les mesures de rétorsion sont des options qui doivent rester sur ma table, et être bien visibles des Maliens.

Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions libérales
oceanpremier4@gmail.com

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Publié par La Rédaction

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