Tidjane Thiam n’est ni un dieu, ni un demi-dieu (opinion)

Tidjane Thiam n’est ni un dieu, ni un demi-dieu (opinion)

Annoncé depuis 2017, Tidjane Thiam a enfin atterri dans le pays le 08 Août dernier, au lendemain de la fête de l’an 62.

Ouf !! serait-on tenté de dire, tant sa venue fut objet de spéculations durant ces quatre dernières années.

La nation semblait retenir son souffle dans l’attente de son « fils prodigue ». L’homme est enfin dans la place. Beaucoup le voient tout de suite à la tête du pays. Lorsqu’on prend la peine d’étudier froidement la question, on se rend compte que les compétences de Tidjane Thiam, si brillantes soient-elles, restent confinées à la finance internationale.

Font-elles de lui, le président idéal à la tête d’un État africain ? Beaucoup de ceux qui admirent le personnage, ne posent pas vraiment le problème sous cet angle.

On peut faire le parallèle avec Georges Weah. Du fait de sa notoriété internationale et de sa carrure, le monde entier a applaudi lorsque l’homme fut porté à la tête du Libéria. Mais 17 mois plus tard, des milliers de Libériens sont descendus dans la rue pour exiger sa démission. En cause la dégradation de la situation économique, dû en ce moment à la dépréciation du dollar libérien. Aujourd’hui les Libériens ont totalement déchanté. Le miracle n’a pas eu lieu.

Bien sûr, Thiam est financier et non footballeur, et il ferait certainement merveille sur les questions financières. Mais la gouvernance d’un État ne se résume pas à ces questions, surtout en Afrique.

Les scandales de corruption qui agitent la Côte d’Ivoire, montrent qu’il ne suffit d’avoir à la tête du pays un homme rigoureux, pour que le pays se mette à « l’école de la rigueur ». Les choses seraient-elles différentes avec Thiam à la tête du pays ? Rien ne l’atteste.

Rien n’atteste également que Thiam sera capable de prouesses sur les questions relatives à la sécurité intérieure, la stabilité politique, la sécurité à nos frontières, la paix avec les syndicats, la liberté d’expression etc…etc…Nous avons affaire à des questions d’une toute autre nature.

Il se dégage de Tidjane Thiam une candeur, une générosité, une certaine « innocence », qui sont incompatibles avec l’exercice de l’autorité au sommet de l’État, laquelle exige une poigne. En sera-t-il capable ? Pourra-t-il suffisamment « s’endurcir » pour faire face aux défis liés à la stabilité du pays ? Pourra-t-il être impitoyable si la situation l’exige ? On peut en douter. Pourra-t-il tenir l’armée ? C’est une question fondamentale qui doit être mise sur la table si on doit parler d’une éventuelle candidature de l’homme. A 60 ans, le caractère peut difficilement être « reformaté ». Tidjane Thiam semble assez « tendre » pour gouverner un État au sommet, dans le contexte africain.

D’autre part, de hauts diplômes et un parcours professionnel brillant suscitent naturellement un certain orgueil chez tout individu, et l’amène à penser qu’il n’ a rien à apprendre des autres. C’est un piège dans lequel tombent facilement ceux qui ont étudié et travaillé en Occident.
Or la gouvernance d’un Etat est une science empirique qui ne s’acquiert que dans l’exercice de la fonction. Ce n’est pas une science exacte. Elle ne s’enseigne pas dans les universités occidentales. Rien n’en vaut l’expérience. Et à ce niveau le bagage de Tidjane Thiam est relativement faible, avec seulement une expérience d’environ quatre années comme ministre du Plan ( 1996 – 1999 ).

Thiam est novice dans bien des aspects, il faut l’admettre. Il n’est ni un dieu, ni un demi-dieu.
Bien qu’il soit un homme intelligent, et donc capable d’apprendre vite, son manque d’expérience et son honnêteté (une qualité souvent néfaste en politique), sont susceptibles de faire peser de graves risques sur la stabilité de la nation s’il est porté sa tête. De 1999 à 2011, le pays a connu de graves traumatismes.

Beaucoup de comptes ne sont pas encore totalement soldés. Beaucoup de blessures ne sont pas encore totalement cicatrisées. Il serait dangereux de mettre un novice à la tête du pays, si brillant soit-il en finance internationale.

Après vingt-deux ans hors du pays, Thiam est totalement déconnecté des réalités de la Côte d’Ivoire, c’est incontestable.

Peut-il dans ces conditions en être le président ?

Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales
oceanpremier4@gmail.com

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