La Côte-d’Ivoire connaît une progression rapide de son taux de couverture électrique bien au-delà des 90%

L’Expert International en Industries Pétrolières et Énergies, Serge Parfait Dioman analyse l’actuelle crise énergétique mondiale. Après avoir dressé l’analyse du paysage électrique africain, il explique la cause de la résilience électrique de la Côte d’Ivoire non sans donner son avis pour que le pays la conserve. Il révèle en effet que « les premiers ingrédients de la résilience électrique ivoirienne sont sa puissance installée actuelle et sa flexibilité électrogène » puis d’affirmer que « sans énergie électrique, l’on compromet toute chance de progrès et développement ».

• Quelle lecture faites-vous du paysage électrique africain au regard de l’actuelle crise énergétique mondiale ?

SERGE DIOMAN PARFAIT : Il se porte mieux dans l’ensemble. Mais indépendamment de la crise actuelle, quelques disparités en termes de dotations infrastructurelles, maintenance des ouvrages, continuité de service, etc. s’observent d’un pays à un autre. Et pourtant, le continent jouit d’un potentiel électrogène inégalé en terme de ressources primaires naturelles disponibles autant pour les énergies renouvelables que pour toutes celles dites de stock.

Le cliché panoramique de l’électricité en Afrique révèle pour ce faire de grands défis continentaux dont l’impérieux besoin d’expanser l’interconnexion électrique des États et accroître davantage les taux d’électrification nationaux pour soutenir les programmes de rattrapage de l’urbanisation, desservir les zones rurales et accentuer l’industrialisation entre autres.

• L’Afrique a-t-elle réellement les moyens humains et financiers de ses ambitions ?

SDP : Les investissements structurants pour la réalisation d’ouvrages de développement sont financièrement coûteux et ils le deviennent de plus en plus effectivement du fait de la cherté des matériaux sur le marché international.

Cependant, ces investissements ne sont pas une option qui serait à prendre ou à laisser. L’on n’a nul autre choix que les réaliser en ces temps-ci, c’est à dire maintenant. Car sans énergie électrique en effet, l’on compromet assurément toute chance de progrès et développement.

Voilà pourquoi il importe que la paix et la stabilité règnent sur ce continent prometteur afin que les bâtisseurs et les investisseurs motivés puissent y travailler dans la sérénité avec le concours de tous les partenaires amis de l’Afrique.

Ceci devrait être à mon très humble avis la toute première ambition africaine pour maintenir les cerveaux sur place et éviter l’exode des matières grises utiles à sa croissance.

• Vu la récession imposée par la crise mondiale de l’énergie, ces questions sont-elles discutées dans un cadre interafricain de réflexion ou chaque pays mène plutôt sa barque tout seul ?

SDP : En ce qui concerne les énergies électriques en Afrique et les plans stratégiques interafricains afférents, les pays membres de l’Association des Sociétés d’Électricité d’Afrique (ASEA) promeuvent à l’unanimité les mêmes objectifs de développements communautaires. Et cela n’empêche du tout qu’en local des initiatives nationales soient implémentées.

Sauf qu’à quelques exceptions près, plusieurs de ces pays accusent encore un faible taux d’accès à l’électricité. C’est une contrainte malencontreuse qui à l’évidence vient freiner leur plein essor socio-économique.

Et c’est dans ce contexte déjà pas aisé qu’à l’instar du monde entier hélas, ils sont mis à rude épreuve de la présente crise énergétique mondiale et en sont pertinemment très affectés. Leur frustration est donc compréhensible.

• Quelles en sont les conséquences pour le continent ?

SDP : Du fait que cette crise énergétique reste entretenue par une cause opportuniste perdurante, comme la guerre en Ukraine, la facture électrique des États s’alourdit, surtout pour ceux qui importent toute ou grande partie des matières premières combustibles et autres pièces de rechange pour la maintenance et l’exploitation de leurs centrales.

Cela oblige certains à opérer des choix difficiles conduisant à perfuser de manière préférentielle le secteur national de l’électricité au détriment d’autres projets de développement non moins utiles mais mis en berne par faute de moyens.

Malgré tout, ces efforts paraissent insuffisants sous certains cieux et des pays africains sont en déjà au stade regrettable du scénario catastrophe. Ces derniers croulent sous la récurrence d’aléas incommodants allant des nuisances du rationnement à d’éprouvants épisodes de délestages électriques chroniques.

• La situation serait-elle si désespérée partout en Afrique ?

SDP : Ce n’est point le cas heureusement. Tous sont bien exposés à ces vicissitudes mais tous ne sont pas nécessairement des victimes résignées à ployer sous leur triste sort.

D’autres arrivent à implémentent des stratégies idoines pour se tenir asymptotiquement loin du pire et font des émules.

• Qu’en est-il alors du cas particulier de la Côte d’Ivoire ?

SDP : Vu les projets de consolidation de ses acquis et la vision de démultiplication de son potentiel électrogène, la formulation du plan sectoriel énergétique ivoirien confère avérément à la Côte d’Ivoire une résilience électrique bien appréciée dans la sous-région et même au-delà.

De l’avis d’analystes donc, chacun des vecteurs de résilience du secteur des énergies électriques est jaugé à un niveau de performance satisfaisant et bien au dessus de la moyenne.

Pour preuve, au plus fort de la dernière vague de sécheresse qui secoua toute la sous-région ouest africaine en 2021, la Côte d’Ivoire connut quelques contingences conjoncturelles l’ayant conduite à adopter le rationnement tournant pour s’en sortir rapidement. Ce fut possible du fait justement avéré de la résilience électrique qui la caractérise.

• Que revêt le terme de résilience électrique d’un pays et en quoi vaut-il pour un pays d’y prêter attention ?

SDP : Ce terme se rapporte à la capacité intrinsèque qu’a un pays de rester à flot malgré des facteurs antagonistes endogènes ou exogènes susceptibles d’affecter préjudiciablement son secteur électrique et priver les populations et les entreprises d’une fourniture électrique de qualité convenable et durable.

Il s’agit pêle-mêle de ses conditions d’accès aux ressources énergétiques primaires disponibles dans le pays en question, la puissance installée cumulée des centrales de production, son potentiel électrogène nationale, sa flexibilité électrogène vue en terme de diversification des sources de production, son taux de couverture électrique nationale vu au travers de ses réseaux de transport et distribution d’énergie et enfin, les ressources humaines compétences et motivées qui animent tout ce secteur sensible et stratégique pour une nation.

On ne peut toutefois en réalité revendiquer une résilience électrique absolue car le risque zéro n’existe pas dans ce domaine technique où au-delà de toute disposition, l’on n’est jamais 100% à l’abri de stress et perturbations mineures ou d’envergure pouvant nous mettre en ballottage défavorable.

On essaie donc juste de tendre vers cette résilience absolue qui serait l’idéal. Mais à la pratique, on s’accommode bien de la résilience relative définie par ces six vecteurs de résilience sus cités quand on sonde le secteur des énergies électriques.

• Pour notre gouverne, quelle différence y aurait-il entre puissance installée et potentiel électrogène dun pays ?

SDP : La puissance installée est ce qu’il est susceptible de produire lui-même comme Mégawatts (MW) quand l’on totalise toutes les puissances notifiées à la construction de chaque centrale du pays. Celles-ci étant supposées utiliser les ressources énergétiques primaires disponibles sur sur le territoire local.

Une extension à cette définition est tout de même acceptée si le pays en question importe de la matière première étrangère, comme de l’uranium nucléaire, du charbon, du gaz naturel, de la biomasse, etc. pour produire son électricité.

Quant au potentiel électrogène, c’est quasiment identique à la puissance installée, à la diffèrence près que l’on rajoute accessoirement la puissance électrique importée c’est à dire, reçue de l’extérieur depuis le réseau électrique interconnecté.

• Comment la Côte d‘Ivoire est-elle arrivée à ce niveau de résilience électrique ?

SDP : Elle a un vécu historique de plusieurs générations avec le secteur de l’électricité. La célèbre société étatique EECI (Energie Électrique de Côte d‘Ivoire) fut au lendemain de l’indépendance du pays, le maître d’ouvrage de cet essor électrique qui à présent se poursuit aussi sereinement via de nouvelles institutions et sociétés étatiques et privées très actives.

Depuis la toute première centrale électrique qui vit en effet le jour en 1910 à Grand Bassam, la Côte d‘Ivoire n’a cessé de déployer son envergure électrogène en diversifiant ses sources de production pour se donner plusieurs cordes à son « arc électrique ».

Et par des investissements structurants continuels et accrus ces dernières années, elle couvre déjà en interne les besoins des abonnés au réseau national et exporte de l’électricité vers ses partenaires sous-régionaux. La récente acquisition d’une centrale flottante en est un atout supplémentaire pour preuve.

• Est-ce donc là l’un des secrets de sa résilience électrique ?

SDP : Il est su dans tous les cas que les premiers ingrédients de la résilience électrique ivoirienne sont bien effectivement sa puissance installée actuelle et sa flexibilité électrogène ouverte aux énergies renouvelables. Celles-ci font un écho favorable au Septième Objectif de Développement Durable (ODD-7) prôné par l’Organisation Nations Unies et lui assure alors une part non négligeable de sa résilience.

Il faudrait toutefois veiller à ne pas la fragiliser par des faits comportementaux de gaspillages énergétiques car ils sont de nature à réduire à néant les succès déjà capitalisés et limiter l’accès de l’électricité à tous.

• A l’échelle de la couverture électrique nationale, y aurait-il éventuellement donc des attentes spécifiques ?

SDP : Par le Programme National d’Électrification Rurale (PRONER) lancé en 2014 et le déploiement du Programme Électricité Pour Tous (PEPT), la Côte d’Ivoire connaît en l’espace d’une décennie seulement, une progression rapide de son taux de couverture électrique bien au-delà de la barre des 90%.

Elle s’est dotée d’un nouveau dispatching de toute dernière génération pour orchestrer tout son réseau et veiller de façon proactive à garantir un bon taux de disponibilité du service.

• En terme de perspectives de métiers, le secteur de l’électricité en Côte d’Ivoire est-il

SDP : Les sciences électriques étant continuellement perfectibles à toutes fins utiles, les acquis nationaux en la matière se doivent déjà préservés et accrus par tous les moyens matériels et humains surtout.

C’est pourquoi en Côte d’Ivoire, un accent particulier est mis également sur la formation de cadres à haut potentiel et de techniciens directement opérationnels pour ces métiers.

L’ex École Supérieure Interafricaine de l’Électricité (ESIE) de Bingerville et le Centre des Métiers de l’Électricité (CME) ont, avec d’autres écoles de référence, ardemment contribué à cet objectif.

• Ce secteur est-il encore attractif pour la jeunesse ?

SDP : Aujourd’hui encore, soit en tant qu’administrateurs, auto-entrepeneurs, experts consultants ou salariés titulaires d’entreprises, etc. les jeunes ont une opportunité avérée de mener de belles carrières professionnelles dans ce secteur bien favorable à leur épanouissement personnel et utile pour le développement du pays et du continent par extension.

Les énergies renouvelables restent encore en particulier un vaste chantier à explorer et valoriser davantage. Et cela, la jeunesse comprend qu’il s’agit de sa belle partition à jouer.

Réalisé par Anzoumana Cissé (LE PATRIOTE)

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