Le défi de la gestion financière et humaine des paroisses et institutions de l’Église en Afrique de l’ouest se pose

Pour améliorer la gestion des paroisses, l’Union régionale des prêtres d’Afrique de l’Ouest a suggéré d’accentuer « la formation sur la gestion financière, les ressources humaines et l’administration des paroisses dans les grands séminaires ».

Si certains saluent ces recommandations, d’autres y voit un risque de cléricalisme et demandent plutôt que « chacun ait son rôle ».

Au coin d’une rue de la capitale économique ivoirienne, Arsène Kouassi (1) s’impatiente. Il a rendez-vous avec l’avocat qu’il a choisi pour le défendre dans une procédure contre son employeur, une institution de l’Église au sein de laquelle il a travaillé plus d’une décennie.

Des institutions d’Église en procès avec leurs agents, des bilans financiers de paroisses au centre de tensions, des accusations de mauvaises gestions de deniers de l’Église : en Afrique de l’Ouest, ces problèmes opposent laïcs et prêtres, et sont parfois portés devant les administrations et tribunaux civils.

« Les prêtres sont des responsables pastoraux et des évangélisateurs, explique le père Bruno Toupan, secrétaire exécutif de l’Union régionale des prêtres de l’Afrique de l’Ouest (Urpao). Cependant, chaque prêtre d’une paroisse, d’une école, d’un bureau, etc. devient le comptable et doit donc savoir comment gérer les fonds des organisations qu’il dirige ! Ils doivent également savoir comment gérer les ressources humaines dont ils disposent. »

Au terme de son 8e Congrès qui s’est tenu au mois de juin à Lomé au Togo, l’Urpao a ainsi suggéré que les évêques « permettent la formation sur la gestion financière, les ressources humaines et l’administration des paroisses dans les grands séminaires ». Aux yeux de l’Union régionale des prêtres, ces formations s’imposent si « nous voulons une Église dynamique avec des prêtres dynamiques dans ce millénaire ».

Un enseignement déjà dispensé au Bénin

Dans la sous-région ouest africaine, certaines églises, notamment celle du Bénin, ont déjà inscrit la formation en gestion des ressources financières et humaines dans le parcours académique des futurs prêtres. « Depuis quelques années, l’Église insiste pour que les futurs prêtres soient bien formés à la gestion financière et à celle des ressources humaines », souligne le père Raymond Sobakin, recteur du grand séminaire Saint-Gall de Ouidah (Bénin), et modérateur général de la sous-commission épiscopale chargée des Séminaires. Et d’ajouter : « Dans le cursus de formation des futurs prêtres aujourd’hui au Bénin, la Ratio Nationalis Institutionis Sacerdotalis, document qui régule la formation des futurs prêtres, prévoit des cours sur l’économie et la gestion financière et sur la gestion des ressources humaines ».

Mais aux yeux du père Sobakin, une chose est la connaissance des principes qui doivent régir l’administration des biens et des humains et autre chose, leur mise en pratique réelle : « Malheureusement, nous pouvons bien connaître ces principes et pourtant les fouler royalement aux pieds, si nous ne sommes pas constamment habités par le souci de servir le Christ en toute transparence et avec un esprit d’Église. »

Cléricalisme

Sans nier l’importance pour les prêtres et futurs prêtres de se former aujourd’hui, certains laïcs émettent toutefois des réserves. Enseignant-chercheur de philosophie politique et laïc catholique, Roger Ekoué Folikoué pense que « si on considère la paroisse comme une communauté de chrétiens avec différents états de vie et que des laïcs ont sur les paroisses de vrais rôles et non de rôles de simples suppléants et d’exécutants d’ordre venant des curés, on peut et on doit avoir une équipe dans laquelle les laïcs pourront apporter ces compétences ».

Dans le contexte actuel, estime cet intellectuel togolais, ne pas repenser le système de formation et vouloir obliger tous les prêtres à ces formations peut être une façon de refuser la valorisation des différents états de vie et de réduire la conception de l’Église uniquement aux clercs. « Ce serait aussi une manière de ne pas lutter contre le cléricalisme dans les églises d’Afrique. En partant de l’analogie de saint Paul dans l’épître aux Corinthiens, je soutiens l’idée de la paroisse comme un corps avec divers organes et chacun a son rôle. La formation des prêtres est indispensable, elle doit être repensée, mais pas de cette manière. »

Plus détendu, après une heure d’entretien avec son conseil, Arsène Kouassi estime que plusieurs situations malheureuses dont celle qui l’oppose à son ex-employeur aurait pu être évitée si ce dernier avait fait ces formations. « Sous nos tropiques, on nomme un prêtre directeur d’une institution sans se demander s’il est apte dans le management, la gestion du personnel, la comptabilité, les ressources humaines, assure-t-il. Et pourtant, une école catholique, les médias catholiques, Caritas, etc. sont des entreprises. Nous voyons là, l’origine de l’échec des entreprises de l’église. Il faut y penser avec humilité et sagesse pour corriger cela. »

Guy Aimé Eblotié

(1) Le nom a été changé
Guy Aimé Eblotié | Source: La croix

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