Les honneurs et l’honneur du chef

Dans la société, on trouve plusieurs types de chef : chef d’agence, chef de village, chef
d’entreprise, chef de parti, chef de gouvernement, chef de l’État.

Même le pape est considéré par certains comme le chef de l’Église catholique, ce qui est une erreur car Christ seul est « la tête du corps de l’Église » (Colossiens 1, 18). Mais que signifie être chef  ? Celui-ci devrait-il rechercher les honneurs (occuper les premiers sièges, être salué dans les places publiques,
marcher sur le tapis rouge, etc.) ? Non. Le vrai chef met plutôt un point d’honneur à respecter
sa parole, à se battre pour le bien-être des hommes et femmes qui momentanément lui ont
délégué leur pouvoir.

Son honneur est de les servir sans discrimination, de les protéger
parfois au péril de sa propre vie, de veiller à ce que lui, l’employé, ne soit pas mieux loti que
le peuple qui est son employeur, de faire en sorte que chacun ait le minimum vital. Son
honneur et sa grandeur, c’est de ne pas s’accrocher au pouvoir quand il n’a plus toutes ses
forces mentales et intellectuelles, quand son mandat (8 ou 10 ans) est terminé, etc.

Vous avez échoué si vous n’avez pas utilisé vos 20 ou 30 ans au pouvoir pour doter votre
pays de routes, d’écoles et d’hôpitaux dignes de ce nom, si la structure chargée d’organiser et
de superviser les différentes élections est à la solde du parti au pouvoir, si, chaque année,
certains de vos compatriotes sont obligés de fuir le pays pour trouver une meilleure vie
ailleurs, si des ministres et des directeurs de sociétés détournent et gaspillent tranquillement
les deniers publics pendant que le petit peuple croupit dans une misère déshumanisante.

Certes, il faut saluer le fait que le Cameroun, où nous avons séjourné plusieurs fois, est l’un
des rares pays africains qui n’abrite pas de base militaire française, que ses richesses minières
n’ont pas été hypothéquées, que le pays n’a pas connu de guerre civile depuis 1984, que la
presse peut critiquer le régime sans que la foudre ne s’abatte sur elle mais j’ai eu mal quand
j’ai vu les bus de la SOTUC céder la place aux taxis-motos (Ben skin), lorsque Mongo Beti
est décédé le 7 octobre 2001 parce que le groupe électrogène de l’hôpital de Yaoundé, où il
s’était rendu pour une dialyse, était tombé en panne, lorsque j’ai appris l’assassinat de
personnes anonymes ou célèbres comme M gr Yves Plumey, l’abbé Joseph Mbassi, le Père
Engelbert Mveng, M gr Jean-Marie Balla, M e Ngongo Ottou.

Ce que le Cameroun a perdu (fuite des cerveaux, meurtre d’illustres fils et filles, le respect
qu’imposait le pays au temps d’Ahidjo) vaut-il ce qu’il a gagné sous Biya ? Ce « pays sinistré
socialement et économiquement, s’enlisant dans la pauvreté absolue et l’anémie » (Fabien
Eboussi, « Lignes de résistance », Yaoundé, Clé, 1999, p. 53), ne méritait-il pas mieux ?

Jean-Claude DJEREKE

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