Pour le mouvement Les Démocrates de Côte-d’Ivoire « l’exorcisme des vieux réflexes et démons politiques n’a pas réussi » (Message à la Nation)

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Dans quelques jours, débutera une nouvelle année, l’année 2023, et, comme il est de coutume, la fin de l’année est l’occasion indiquée pour faire le bilan de l’année qui s’achève et donner une vision de celle qui arrive. Cette adresse à la Nation du mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » s’inscrit dans cette pratique républicaine.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Le 4 mars 2022, sous la présidence du Premier Ministre Patrick Achi, le rapport final sanctionnant les travaux de la cinquième phase du dialogue politique a été signé par plusieurs organisations politiques et de la société civile ivoirienne. Cet acte fort a laissé espérer une décrispation du climat politique et l’amorce de la réconciliation politique entre les filles et les fils de Côte d’Ivoire. A cet acte s’est ajouté le retour en Côte d’Ivoire du ministre Charles Blé Goudé au mois de novembre. Blanchi par la cour pénale internationale à l’issue d’un long procès et maintenu, malgré lui, en exil par des procédures administratives exagérément longues, le ministre Charles Blé Goudé a pu, enfin, regagner son pays grâce à la bonne volonté du Président de la République.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Malgré ces actes politiques forts, l’atmosphère socio-politique en Côte d’Ivoire reste lourde. Madame Pulchérie Gbalet, une militante de la société civile, a été arrêtée de manière peu orthodoxe et emprisonnée le 23 août pour « entente avec les agents d’une puissance étrangère de nature à nuire à la situation militaire et diplomatique de la Côte d’Ivoire, diffusion de nouvelles fausses de nature à entraîner une atteinte au moral de la population et atteinte à l’ordre public ». Les violences autour de la visite du président Laurent Gbagbo à Adzopé et les échanges enflammés entre le PPA-CI et le RHDP qui ont suivi montrent que la réconciliation politique est encore fragile et que l’exorcisme des vieux réflexes et démons semble n’avoir pas réussi.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Cette situation est, pour le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » extrêmement inquiétante quand l’on sait que l’année 2023 verra, au plan politique, la tenue des élections municipales d’ordinaire sources de violences. La situation est d’autant plus préoccupante que la liste électorale reste marquée de suspicions de fraudes et que certaines recommandations de l’accord politique du 4 mars 2022 tardent à être appliquées pour préparer des élections sereines et sans violence. Malgré quelques ouvertures et avancées, le jeu politique reste fermé, avec un pouvoir RHDP qui exploite astucieusement les rouages du régime présidentiel, les manifestations pacifiques pourtant garanties par la Constitution restent interdites et le découpage électoral n’est ni juste ni consensuel et tend à favoriser arithmétiquement le pouvoir RHDP.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

L’ancien président de l’Assemblée nationale Soro Guillaume reste maintenu en exil à cause de la condamnation à la prison à perpétuité dont il est l’objet pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Certains de ses partisans et des militaires ayant combattu sous les ordres de l’ancien président de la République et pour son compte restent, eux aussi, maintenus en prison au grand désarroi de leurs soutiens qui avaient espérer un processus de réconciliation devant aboutir à une amnistie générale.

Ivoiriennes, Ivoiriens,
En 2022, le gouvernement a pris d’importantes mesures sociales en faveur des travailleurs et des fonctionnaires en particulier. Mais ces initiatives quoiqu’appréciables restent encore insuffisantes face à la cherté de la vie provoquée par des hausses générales légales et illégales des prix et des tarifs qui étranglent le consommateur et réduisent son pouvoir d’achat. Les différents rapports du programme des nations unies pour le développement (PNUD) sur la pauvreté en Côte d’Ivoire (de mars) et sur l’indice de développement humain (de septembre dans lequel la Côte d’Ivoire occupe le 159e rang et dernier des IDH « moyens ») montrent que la gouvernance néo-libérale du Président Alassane Ouattara semble être favorable aux plus riches (10% de la population) qui se sont plus enrichis de 2011 à 2021 et a encore beaucoup d’efforts à fournir en matière de santé, d’éducation et de niveau de vie des populations pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) et réduire la vulnérabilité des populations et les inégalités sociales. Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » l’y encourage vivement.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Comme l’on le voit, le social demeure une préoccupation et le chantier politique reste toujours vaste et demande de la part des gouvernants, de l’opposition et de la société civile des initiatives volontaristes, audacieuses et républicaines. C’est maintenant, à deux ans de l’élection présidentielle qui cristallise, en général, toutes les attentions et passions qu’il faut mettre en place toutes les conditions de sa transparence, de sa crédibilité et de son caractère inclusif.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

46 docteurs qui ont décidé de manifester pacifiquement pour attirer l’attention sur leur désespérance ont été arrêtés tout comme 46 militaires ivoiriens en mission pour le compte de la Côte d’Ivoire demeurent emprisonnés au Mali depuis des mois. Avec l’éclaircie qui, grâce au pouvoir de la diplomatie, semble se profiler à l’horizon pour les militaires ivoiriens, le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » espère en la libération prochaine des docteurs incarcérés après leur procès pour « trouble à l’ordre public ». A l’effondrement du prestige du doctorat face au marché de l’emploi, il ne faudrait pas ajouter les traitements humiliants qui sont une mauvaise publicité pour le pays.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » constate qu’au plan macro-économique, la dynamique positive observée en 2021 reste constante. Mais, le poids du service de la dette extérieure et intérieure reste une préoccupation inquiétante. La Côte d’Ivoire qui a un encours de la dette établi, en mars 2022, à 21 117, 4 milliards FCFA devra, selon l’agence de notation Fitch Ratings, faire face, en 2023, au titre du service de la dette extérieure, à des paiements obligataires globaux de 56 millions de dollars prélevés sur ses réserves de change (détenues par la banque centrale). En 2024, ce sont 196 millions que devra rembourser la Côte d’Ivoire, toujours au titre de la dette extérieure. Ces paiements, selon Fitch, risquent de provoquer « une grave instabilité macroéconomique » et des tensions de liquidités, surtout que s’est achevée l’initiative de suspension du service de la dette (ISSD). Même si le financement du développement rend nécessaire les emprunts, le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » recommande à la Côte d’Ivoire un endettement modéré face aux prêteurs internationaux qui pourraient relever le niveau de leurs primes à cause de cette situation d’instabilité macroéconomique. Il ne faut pas oublier que l’endettement démesuré a créé la crise de l’endettement dans les années 80 et entraîné les programmes d’ajustement structurel (PAS) qui ont brisé l’élan du développement social dans les pays africains et dont les effets pervers continuent d’être ressentis par le système éducatif, le système de santé et le monde agricole.

Ivoiriennes, Ivoiriens,
Selon le Rapport du FMI (Fonds monétaire international) n° 22/205 de juin 2022, même si un ensemble de mesures et des trajectoires de taux d’intérêt viables devraient permettre une dynamique de la dette soutenable dans le scénario de base, le ratio service de la dette extérieure-recettes intérieures est néanmoins proche de son seuil. Le FMI constate, de plus, que les tests de résistance donnent à penser que la dynamique de l’endettement observé en Côte d’Ivoire est la plus vulnérable à un choc sur les prix des produits de base. Dans le cadre du test de résistance standard portant sur les prix des produits de base en lien avec l’analyse de viabilité de la dette (AVD), la valeur actuelle (VA) de la dette publique par rapport au PIB dépasserait le seuil correspondant de 55 % à partir de 2025 et continuerait de croître par la suite ; ce qui témoigne de l’importance de renforcer la résilience dont la Côte fait déjà preuve en privilégiant une compétitivité accrue et une diversification économique.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Le FMI constate toujours que les risques qui pèsent sur la capacité de la Côte d’Ivoire à rembourser le FMI émanent principalement du secteur budgétaire ainsi que de chocs extérieurs éventuels. Le ratio service de la dette-recettes relativement élevé de la Côte d’Ivoire présente certains risques et la marge de manœuvre qui permet d’absorber les chocs est limitée. La dynamique d’endettement de la Côte d’Ivoire est donc vulnérable à plusieurs chocs potentiels (recensés dans la matrice d’évaluation des risques) tels que des perturbations économiques et politiques et une volatilité accrue des cours des produits de base et des marchés financiers. Ces chocs pourraient nuire à la demande extérieure et à l’accès aux emprunts internationaux ; ce qui peut compromettre la capacité de la Côte d’Ivoire à rembourser le FMI. Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » recommande donc la prudence et la modération dans la recherche des besoins de financement par l’endettement. La viabilité de la dette de la Côte d’Ivoire est à ce prix.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

L’année 2022 a été marquée, au niveau de l’actualité africaine, par une crispation des relations entre la France et certains pays africains confrontés à de graves problèmes de sécurité et, l’opinion publique africaine est vent debout contre la France. Cette situation a suscité l’ire des autorités françaises qui croient les africains manipulés et xénophobes, anti-français. Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » déplore la dégradation des rapports entre la France et certains pays africains. Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » rejette le prisme déformant qui sert d’argumentaire aux autorités françaises pour noyer le poisson et éviter les débats constructifs qui ouvriraient les yeux sur la profondeur de l’injustice vécue par les africains.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Sachez-le, les africains ne sont ni manipulés ni anti-français. Ils ne l’ont jamais été et ne le seront jamais. Pour vaincre l’esclavage et la colonisation, les africains n’ont pas eu besoin d’un tiers pour leur dire que leur humanité était piétinée, niée. Ils n’ont pas non plus rejeté la France et les français après leur accession à l’indépendance nominale. Comme hier, les africains n’ont pas besoin, aujourd’hui, d’un tiers pour leur dire que la dette coloniale, les différents droits et obligations attachés aux accords coloniaux, les annexes des accords de défense et la dépendance financière qu’ils vivent comme une forme modernisée du code noir de 1685 sont un frein à l’émergence de leurs différents pays comme nations économiquement viables sur la scène internationale et aptes au développement.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Sachons-le, les africains ne veulent juste que la fin des dépendances vassales. Les africains veulent aider la France à débarrasser sa coopération de la nostalgie de la féodalité condescendante, méprisante et infantilisante. Les africains n’ont aucunement l’intention de rompre avec la France avec qui ils partagent une histoire proche et des valeurs communes et avec qui il est possible de bâtir une communauté francophone plus que linguistique, économiquement forte et à la prospérité partagée. Les africains souhaitent voir les rapports entre la France et ses ex-colonies débarrassés des oripeaux coloniaux qui dévêtissent les pays africains pour habiller la France en ses plus beaux atours internationaux.
Ivoiriennes, Ivoiriens,
Le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire » déplore que la voix de l’Afrique ne soit, jusque-là, pas entendue par la France qui préfère s’enfermer dans sa bulle coloniale au point de s’offusquer que des pays africains, pour résoudre les problèmes de sécurité auxquels ils font face, coopèrent militairement avec des pays avec qui elle est en guerre sans déclaration de guerre. Même si, par le passé, les africains ont combattu pour la France, sont morts pour libérer la France de l’Allemagne nazi et ont été gentiment récompensés par le massacre de Thiaroye, la France doit savoir que ses guerres déclarées ou non ne sont pas les guerres des africains. Et si l’on considère que les Etats africains sont dotés d’une personnalité juridique propre et ne sont pas réifiés dans une pure patrimonialité, l’on ne peut s’offusquer de leurs choix souverains.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Si la France veut que la communauté francophone continue de peser dans les affaires du monde, elle a intérêt à accompagner ou à encadrer, dans un nouveau deal gagnant-gagnant, le mouvement de l’indépendance économique qui s’est engagé. Si elle continue de s’y opposer comme elle le fait actuellement, les risque sont grands pour elle de sombrer dans les décombres de l’histoire, happée par ‟le grand remplacement”. L’ancien président Jacques Chirac avait recommandé en 2001, en marge du sommet France-Afrique de Yaoundé au Cameroun, « un petit peu de bon sens, de justice, pour rendre aux Africains ce qui leur a été pris » qui ne concerne pas les masques et autres antiquités rendus dans le cadre d’un mécanisme qui rappelle le sombre troc des verroteries de la période de l’esclavage qui servait à contenter les noirs.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Jacques Chirac a parlé en 2001 ; il n’est plus. Personne ne l’a écouté même pas lui-même ne s’est écouté. Mais sa parole est devenue sacrée. Il est temps maintenant de l’écouter. La France a besoin de l’Afrique ; l’Afrique a aussi besoin de la France mais dans un partenariat gagnant-gagnant au-delà des mots et avec de nouveaux accords plus justes adaptés aux réalités du 21e siècle. Le temps des discours est passé. Il est temps de passer au dialogue franc et aux actes vrais.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

De nombreux défis nous attendent l’année prochaine et les années à venir. C’est ensemble que nous allons les relever tous et l’Afrique devra inventer sa voie selon ses propres besoins de développement et ses propres perspectives stratégiques et non sous dictée. Pour le mouvement « Les Démocrates de Côte d’Ivoire », les dirigeants africains, au lieu de chercher à capturer, pour une durée indéfinie, le pouvoir pour eux-mêmes, leur camp et leur tribu devraient réfléchir à comment tirer profit du monde multipolaire qui se dessine sous nos yeux, de la cour assidue que les nations du monde font à l’Afrique et de la désindustrialisation (inéluctable) à venir de l’Europe occidentale.
Que l’année 2023 apporte à chacune et à chacun la réalisation de ses rêves les plus précieux. Vive la Côte d’Ivoire réconciliée avec elle-même et avec son histoire et vive l’Afrique libre et prospère, débarrassée des marchands de la mort qui utilisent le fusil et la déstabilisation comme multiplicateurs budgétaires et créateurs de marchés captifs prétendument qualifiés de réserves stratégiques.

Fait à Abidjan, le 29 décembre 2022.
Pour « Les Démocrates de Côte d’Ivoire ».

Le Président
Pr. Séraphin Prao

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