Hôpital psychiatrique de Bingerville: Comment les patients ont passé le réveillon du nouvel an

Il est 23h 59 min ce 31 décembre 2022, à l’hôpital psychiatrique de Bingerville. Dans quelques secondes, il sera minuit, l’on va entrer dans une nouvelle année (2023).

Ce petit temps de passage d’une année à une autre constitue un temps de joie où tout est permis. Certains passent ce moment dans une église. D’autres, dans un maquis, bar, restaurant, bistrot. L’endroit dépend des moyens, de l’inspiration, du choix de la vie ou de l’orientation que l’individu veut donner à l’année qui frappe à la porte.

Malheureusement pour certaines personnes, par la faute des « coups de la vie », elles se retrouvent dans un asile. C’est le cas des malades mentaux appelés communément « fous » du côté de l’hôpital psychiatrique de Bingerville.

Cette nuit-là, c’est le calme. Seulement, des parents, quelques membres du personnel de cet hôpital et amis que l’on peut voir entrer et sortir.

Beaucoup d’interdits pour le bien des malades

Pas de dispositions spéciales constatées au sein de l’établissement. Ce 31 décembre 2022, comme tous les 31 décembre d’ailleurs, c’est le même constat. Pas de feux d’artifice, pas de musique, rien du tout.

« Vous savez que nos pensionnaires ont des troubles mentaux. De ce fait, des sons trop aigus dérangent. Les détonations des feux d’artifice également ne sont pas les bienvenus. Cela les effraie. Et si l’on y prend garde, cela peut causer de la débandade ou des cris », a révélé un agent qui a requis l’anonymat.

Un repas et une sucrerie, mais pas toutes les sucreries

Cette nuit du 31 décembre 2022, en lieu et place de tous les ingrédients pour entrer dans la nouvelle année, les pensionnaires de l’hôpital psychiatrique ont eu droit à une sucrerie et un repas copieux (spécial). Mais, selon notre interlocuteur, ce ne sont pas toutes les sucreries qui sont offertes aux malades.

« Pas de boissons gazeuses, ni d’une boisson que tout le monde connaît qui est faite à base d’un fruit bien prisé. Le jus de ce fruit trop consommé, provoque de l’insomnie chez les malades. Ils ont besoin de dormir assez », explique l’agent de santé.

Pour donc dire que du passage d’une année à une autre à l’hôpital psychiatrique de Bingerville, les malades sont loin de tout bruit et de certaines boissons. Cela, pour leur bien-être.

Un plat spécial pour les malades ce 1er janvier

Chaque pensionnaire de l’hôpital psychiatrique de Bingerville a eu droit ce 1er janvier 2023, à un met spécial. Un tchep djen au poulet à la sénégalaise. Une joie se lisait sur les visages de ceux qui dégustaient leur repas à 13h au moment où l’équipe de fratmat.info passait dans les salles.

« Je ne suis pas folle », lance une malade qui mangeait avec appétit. De peur de la réaction de celle-ci, nous nous sommes abstenus de lui prendre une photo.

Des salles des femmes à celles des hommes, même scénario. Certains, après avoir dégusté le repas, se font un petit sommeil. L’un d’eux a failli nous faire arrêter la visite. En fait, c’est un malade qui présente l’allure d’un rasta. Mais, un « rasta fou », comme le dit Alpha Blondy dans l’une de ses chansons.

Ce malade a presque tout percé sur son corps. Le nez, les oreilles. Chacune de ses parties porte des boucles. Il porte une petite culotte avec des amulettes, chaînes à la hanche, sur la tête et aux pieds.

Au premier regard ou à une première rencontre dans l’une des allées de l’hôpital, toute personne qui le croiserait, prendra la fuite. Pourtant, il est inoffensif et très calme d’ailleurs.

Ce dernier salue notre équipe et alla s’étendre sur son lit. Comme lui, beaucoup étaient couchés et jetaient des regards aux visiteurs sans dire mot. Un calme règne au sein de l’hôpital psychiatrique de Bingerville où les pensionnaires veulent devenir des sains qu’ils étaient autrefois.

Des parents de malades devenus « fous »

Dans ce silence, certains parents de malades sont devenus  »fous » plus que leur malade. C’est le cas de dame Ouasséa B. qui a élu domicile dans cet hôpital depuis quelques mois. A force de veiller sur sa fille qui a piqué une crise aigüe de colère et internée dans cet asile.

« … mon fils, comment vais-je faire ? Où vous me voyez-là, j’ai très mal à la tête. Je ne dors pas bien. Je suis toujours débout auprès d’elle. De peur qu’elle ne fasse une bêtise. Je peux passer des jours et des jours sans fermer l’oeil à tel point que, c’est comme si je suis devenue folle à la place de ma fille », explique la dame Ouasséa B. qui salue et loue le travail, et le suivi du personnel de l’hôpital.

Par Jean Bavane Kouika
Fratmat

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