Côte d’Ivoire – Urgences des CHU Cocody, Yopougon, Treichville, ce que l’État cache aux Ivoiriens

Mis en ligne par La Rédaction | jeudi 10 Avr 2014

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Les services des urgences des Centres hospitaliers et universitaires de Cocody, Yopougon et Treichville, croulent sous le poids de divers problèmes. Tant humain que matériel. Ce n’est pas la presse qui vous dira le contraire. Mais, l’Etat ivoirien n’a jamais voulu démontrer aux yeux de l’opinion ces insuffisances et son incapacité pour la santé de ses populations.

Contrairement aux pays comme le Mali, le Sénégal pour ne citer que ceux-là, où l’Etat décaisse entre 8 et 9 % de son budget pour la santé des populations, la Côte d’Ivoire qui se veut émergente, ne tourne qu’autour de 4,5%. Or, le taux recommandé selon des experts au plan mondial, est de 15%. « L’Etat ivoirien n’a pas encore atteint les 5% », a révélé notre source qui a requis l’anonymat. Face à ce qu’on peut qualifier de manque de volonté des gouvernants, quel résultat doit-on attendre des acteurs soignants ? Le scanner, faute duquel Awa Fidiga est décédée, date selon notre source du scandale du probo-koala, qui avait, on s’en souvient, endeuillé plusieurs familles en août 2006. C’est pendant cette période que les autorités ont, entre 2007-2008, doté les trois CHU d’Abidjan de scanners, dont le coût avoisinait alors 600 millions FCFA. Le tube de cet appareil qui tombe généralement, en panne, à cause de sa surexploitation, coûte environ 60 millions FCFA. « Il faut le changer de temps à autres selon l’utilisation qu’on en fait. Mieux, pour des normes biomédicales, l’Etat devrait prévoir 10 à 12% de la valeur d’achat de cet appareil pour sa maintenance« , a-t-il indiqué. Malheureusement, « rien n’est prévu dans ce sens« , souligne l’un des gestionnaires de ces CHU. Vu que l’Etat ne parvient pas à faire face à cela, ce sont des particuliers (prestataires) qui s’en occupent. Combien doit le CHU de Cocody à ce prestataire qui s’occupe de l’entretien de ce scanner ? Outre cette interrogation qui reste pendante, l’un des gestionnaires nous a révélé ce qui suit : » bien que l’année 2013 ait été décrétée « année de la santé« , « rien n’a été fait. Il y a eu de petites remises à niveau. Sinon, aucun CHU n’a bénéficié de réaménagement du plateau technique« . Cela est à mettre au compte du système de santé qui manque d’un bon système d’assurance. Quand les malades ne sont pas assurés, c’est « la croix et la bannière ». « Cela est vraiment difficile pour les gestionnaires. L’Etat a une grande part de responsabilité« , a-t-il soutenu. Dans les hôpitaux généraux par exemple, revient-il à la charge, « il y a une régie qui s’occupe des cas urgents allant de 200 à 300 mille FCFA. Or, dans les CHU, étant donné qu’il y a des trésoriers et autres, les premiers responsables refusent l’instauration d’un tel mécanisme. Il y a donc problème. Surtout que c’était en plein week-end, il fallait que le médecin traitant prenne lui-même des engagements« , a indiqué notre interlocuteur. Qui ne nie pas le « non respect du serment d’Hippocrate » de certains médecins. A savoir, assister tout individu qui arrive dans un hôpital. « Cela n’est pas de leur faute. Il y a des choses qui ne sont pas permises au CHU comparativement aux hôpitaux généraux« . Pour lui, le manque de communication doublé des campagnes controversées du Ministère de la Santé Publique est à l’origine de ce qui arrive au CHU de Cocody.

Situation intenable dans les services des urgences

Couchés à même le sol, sur des nattes, pour certains, et sur les brancards pour d’autres, les blessés dégagent des odeurs de blessures en putréfaction. On se demande bien si ce sol dur n’en rajoute pas aux courbatures et ne complique pas encore l’état du malade. L’on sent le plus souvent toute la détermination chez certains soignants, toute l’envie de sauver des vies, mais la norme standard d’un service des urgences comme celui des Chu de Yopougon, Cocody et Treichville n’est pas respectée.

L’ordonnance achève de convaincre que c’est au lendemain que le traitement a commencé (sce sercom MLS)
L’ordonnance achève de convaincre que c’est au lendemain que le traitement a commencé (sce sercom MLS)

Concernant, la défunte Awa Fadiga, l’administrateur de garde, c’est-à-dire, celui qui remplace le Directeur Général de ces hôpitaux pendant les fêtes, les jours fériés et les week-ends qui a obligation de trouver la solution dans un cas urgent. Ce dernier a-t-il été informé ? A cette interrogation(,) personne n’a voulu nous répondre. Cependant, le Directeur Général du CHU de Cocody Professeur Teki, expliquait à la mère adoptive de la défunte, Fadiga Sirakoné que la gratuité des soins était un échec. « Ce qui est dit dehors est diffèrent de ce qui se passe ici, au CHU« . Est-ce pour cette raison que Awa Fadiga qui est arrivée dans ce CHU aux environs de 23h, le dimanche 23 mars 2014, n’a été reçue par les médecins que le lendemain 24 mars vers 16h, comme l’atteste l’ordonnance interne, signée du Dr. Ahué Kouassi?

En analysant à froid cette ordonnance, on se rend compte que la pauvre Awa Faidiga arrivée « en état de coma agité« , « baignant dans une marre de sang « , après que le CHU a constaté son « état de traumatisme crânien et de détresse respiratoire « , n’a pas été prise en charge à hauteur) de l’urgence et de la gravité de l’état qu’elle présentait. Les choses se sont déroulées dans la précipitation, comme on peut le constater. Sur l’ordonnance en effet, rien n’indique l’âge, le sexe, le poids, l’ étage, la chambre, le numéro du lit Aucune de ces indications n’est mentionnée.

Il faut, au-delà de l’autopsie recommandée par le Procureur de la République, une enquête sérieuse pour situer les responsabilités afin d’établir la vérité. Seule, cette investigation permettra de répondre, tant soit peu, aux nombreuses interrogations qui alimentent le débat créé par cette fâcheuse et dramatique situation.

Sériba Koné

kone.seriba67@gmail.com

Aucun acte concret

« Un service d’urgence est le miroir d’un hôpital, » soutiennent les experts de la santé. En effet, un hôpital qui a un bon service d’urgence est un bon hôpital. Les premiers qui arrivent dans un hôpital, pour des problèmes de santé, se dirigent vers le service d’urgence. Par conséquent, ce service doit avoir pour objectif la prise en charge du patient. « Cette prise en charge doit consister à faire en sorte que le patient qui vient dans un état grave qui menace sa vie puisse être sauvé. Par ailleurs, je le répète, le premier objectif est la prise en charge rapide, efficace de tous les patients », soutiennent-ils. Malheureusement, les normes standards, ne sont pas respectées et personne ne s’en émeut. Notre interlocuteur, indique que le pallier à suivre par étape est « abusivement » violé. Pourtant, explique-t-il, il faut faire d’abord une radio os-poumon, ensuite une radio télécommandée et l’IRM. « Cela est important parce que le scanner n’est pas à bourse de tout le monde », a-t-il soutenu. Même si, ajoute-t-il « le scanner du CHU est de soixante quatre barrettes. C’est-à-dire que l’appareil a la possibilité de visionner le patient sur soixante quatre angles« . Le constat, c’est que les CHU n’ont pas les moyens de prendre en charge de façon correcte, les patients du fait des structures du service des urgences qui sont sans matériel adéquat. Pour preuve, l’hôpital de Yopougon, au début n’avait pas pour objectif d’être un Chu. « Malgré des aménagements, le type d’urgence du CHU de Yopougon que nous appelons urgence « porte », qui regroupe le service des urgences de chirurgie, de médecine et de pédiatrie reste exigu et inadapté » conclut l’un des experts. A ce tableau déjà sombre s’ajoute les longues procédures. A savoir, l’acquisition de matériels soignants par appel d’offre qui prend entre « six et un an » et « les taxes imposés sur les équipements médicaux ». « Si l’Etat aspire à une véritable santé des populations il doit faire face à cela. S’il l’a fait pour l’armée, pourquoi ne pas songer à cela dans la santé ?« , s’est interrogé notre interlocuteur.

Toute chose qui achève de convaincre que les gouvernants préfèrent les discours, déclarations en lieu et place des actes concrets.

Sériba K.

Le réveil tardif de Raymonde Goudou

72 heures après le triste évènement, le ministère de la Santé a publié un communiqué, contradictoire, aux faits tels que relatés par la fille de salle qui s’est confiée à la famille de la défunte Awa Fadiga. »C’est dans cette situation pitoyable qu’une femme, balayeuse à eu un sentiment de pitié pour elle (Ndlr : Awa Fadiga). Elle arrêta de balayer et se dit : »je dois l’aider car, ma fille peut être dans ce genre de condition, un jour on ne sait jamais ». Elle prit Awa et lui enleva tous les vêtements salent qu’elle portait et la nettoie. Elle lui fit porter un petit collant qu’elle avait emporté avec elle et demanda au docteur de mettre la jeune Awa sur un brancard avant que la famille ne soit avisée de la présence de leur fille au CHU. Malheureusement, les médecins ne donnent aucune importance à ce que dit la gentille balayeuse. C’est le lendemain lundi vers 12h30mn, que la gendarmerie informe la famille de la présence de Awa au CHU de Cocody, dans un état très critique. Sans tarder, la famille s’y rend immédiatement et constate Awa sans soin médical couchée à même le sol avec le collant que la gentille balayeuse lui avait fait porter. Les premiers soins ont commencé lorsque les médecins ont vu la famille de Awa arrivée. C’était au tour de 13h. Ce n’est qu’après la balayeuse avec un air froid nous dit (famille) qu’après l’avoir nettoyé que celle venait de nettoyer lui a dit qu’elle se prénommait Awa et, elle m’a remercié pour l’acte que je venais de poser. C’est bien la balayeuse qui a nettoyé Awa le dimanche vers 23h30 mn. Awa n’a pas eu de soin jusqu’au lendemain lundi à notre arrivée, » coupe court son oncle maternel Fadiga Mohamed en retraçant les faits selon la fille de salle. Pourtant, le ministre de la Santé et de la Lutte contre le Sida, Raymonde Goudou Coffie a, dans sa déclaration relayée dans la presse soutenu en substance, ce qui suit : » Elle a reçu les premiers soins médicaux que nécessitait son état, par voie veineuse, y compris un nettoyage et des soins corporels par les filles de salle, avec eau savonneuse et antiseptique. Ceci pour lui rendre sa dignité. Non sans enfoncer le clou : » C’est le lieu d’appeler les uns et les autres au calme et au respect de la mémoire de cette jeune victime décédée suite à une agression inadmissible et intolérable qui n’engage pas la responsabilité des services de santé« .

Elle aurait pu éviter toute cette polémique si, elle gardé le sang froid et choisi des phrases apaisantes. « Si elle était conseillé, elle aurait dû présenter ses condoléances à la famille endeuillée, sans commentaire« , a indiqué l’un des ses enseignants médecins exerçant au CHU de Cocody.

Elle a rattrapé son tort, en apportant la compassion et le réconfort du ministère de la Santé à la famille, après l’enterrement. Là où elle devrait commencer.

Dans cette nébuleuse, où personne ne veut s’exprimer ouvertement à la presse, notre source affirme que le Directeur Général du CHU de Yopougon qui devrait partir à la retraite, depuis décembre 2013, est maintenu à son poste par la ministre pour raison qu’elle seule peut élucider. « Je propose que désormais, le ministre de la Santé ne soit pas du corps médical. Cela éviterait des sentiments de maître à élève », a conclu l’enseignant médecin.

S. Koné

lepointsur.com

 

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Commentaires

2 Commentaires ... participez vous aussi à la discussion.

  1. shek 10 avril 2014 at 01:17 -

    Heuresement encore qu il y a des appels d offre. Le probleme ce n est pas l etat c est le personnel et les fournisseurs les Prix des appareils sont multiplies par 10 la corruption tue 3milliards Donne seront dilapide ILS vont payer 2 appareils au lieu 20. L etat doit traiter directementavec des fournisseurs en Europe et payer les factures au lieu de passer par des intermediaires bid on surfactureurs.

  2. aristix1 10 avril 2014 at 14:03 -

    @Shek,

    L’Etat, c’est tout le monde mais surtout ceux qui ont un pouvoir de décision. Ici, la principale responsabilité incombe donc aux autorités.

    Par ailleurs, si les prix sont multipliées par 10, rien n’excuse les autorités qui, en réalité, y trouvent leur compte. Si tel n’était pas le cas, l’Etat dispose de tous les moyens pour savoir ce qui se passe.
    Déceler d’éventuelles surfacturation est donc un jeu d’enfant.